Homéopathie : les pro-granules sortent leur livre blanc, ultime offensive avant le couperet de la HAS

Par Martin Dumas Primbault
Publié le 12/06/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
homeopathie

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Crédit photo : PHANIE

À quelques jours du rendu par la Haute Autorité de santé (HAS) de son avis définitif sur le maintien du remboursement de l'homéopathie, prévu le 28 juin, les partisans des granules jouent leur va-tout.

Ce mercredi 12 juin, quatorze syndicats, sociétés savantes, fédérations de patients et collectifs de défense de l'homéopathie ont rendu public un livre blanc, soutenu par trois laboratoires (Boiron, Lehning, Weleda) et intitulé « Quelle place pour l'homéopathie dans l'offre de soins ? »

« Il s'agit d'un livre ouvert pour défendre notre pratique thérapeutique et réaffirmer la place de l'homéopathie dans le système de santé », a introduit le Dr Charles Bentz, président du Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF), qui assume l'aspect résolument politique de la publication plus que scientifique. « Nous pensons que la décision est peut-être déjà prise au ministère de la Santé mais pas en plus haut lieu », a-t-il prévenu. Et d'ajouter : « Il ne s'agit pas d'une revue scientifique mais d'une description de la situation de l'homéopathie aujourd'hui. »

Maintien du remboursement à 30 %

Le document fait cinq grandes propositions pour « pérenniser l'accès à l'homéopathie pour tous les patients dans le cadre d'une prise en charge de qualité ». Ainsi, pour renforcer la place de cette pratique dans le système de santé français, les pro-homéopathie demandent la reconnaissance du statut médical des professionnels, le maintien et la consolidation des formations, ainsi que le soutien à la recherche dans ce domaine. Pour éviter « les risques de dérives et de mésusage des traitements », ils en appellent aussi à la création d'une « commission éthique de l'homéopathie ».

Enfin, inquiets de voir leurs produits homéopathiques déremboursés sur décision du gouvernement après publication de l'avis de la HAS, les signataires du document demandent le maintien du taux actuel de 30 % de prise en charge garantie par l'assurance-maladie.

Pour le Dr Hélène Renoux, présidente de la Société savante de l'homéopathie (SSH), le déremboursement coûterait plus cher encore à la collectivité. « Aujourd'hui, les médecins homéopathes prescrivent deux fois moins d'antibiotiques et trois fois moins d'anxiolytiques remboursés », a-t-elle avancé. En 2018, l'Assurance-maladie a remboursé 126,8 millions d'euros pour des médicaments homéopathiques.

Pas question non plus de se satisfaire d'un abaissement à 15 % du taux, synonyme de faible service médical rendu. « Cette solution ne peut pas nous satisfaire car elle ne diminuerait pas le coût des thérapeutiques en France et serait vraisemblablement suivie d'un déremboursement complet », a averti le Dr Bentz. Et de poursuivre : « Il n'est pas question de toucher au pouvoir d'achat des Français qui ont recours à l'homéopathie. »

Crise de l'homéopathie

Au moment de la présentation de ce livre blanc, les trois laboratoires plaidaient ce mercredi matin leur cause devant la commission de transparence de la HAS. Aussitôt sortis, ceux-ci ont tancé un mode d'évaluation « pas adapté », affirmant qu'ils avaient été « enfermés dans une discussion concernant des médicaments » alors qu'ils venaient « défendre une stratégie thérapeutique qui s'adapte à chaque patient ».

Cette dernière salve des pro-homéopathie couronne une intense campagne de lobbying entre les partisans et les adversaires des granules, lancée en mars 2018 par la publication d'une tribune anti-homéopathie. Regardant dans le rétroviseur, le Dr Hélène Renoux a dénoncé la « violence inégalée » dont font preuve les « anti-fakemed » sur Twitter à l'égard notamment du collectif « MonHomeoMonChoix », qui revendique le soutien de près d'un million de patients signataires de la pétition du même nom. Le Dr Charles Bentz, évoque, lui, une « crise » de la discipline.

Dernier avatar de cette « crise », le Dr Jean-Jacques Fraslin, vigoureux pourfendeur de l'homéopathie et médecin très actif sur Twitter, comparaissait au même moment devant le tribunal correctionnel de Créteil. Il est poursuivi par le Dr Daniel Scimeca, président du Syndicat de la médecine homéopathique (SMH) pour « diffamation ».

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