À Paris et à Lyon, les pro-homéopathie jouent leur va-tout

Publié le 28/06/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
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Crédit photo : S. Toubon

Tandis que leurs troupes – 500 personnes – manifestaient sur l'Esplanade des Invalides à Paris et devant l'Hôtel de ville de Lyon, les représentants des défenseurs de l'homéopathie (médecins, patients et laboratoires), réunis dans le collectif Mon Homéo Mon Choix, ont livré ce vendredi leurs contre-arguments face à l'avis de la commission de la transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) en faveur d'un déremboursement des granules.  

Ils appellent la ministre de la Santé à ne pas suivre l'avis de la HAS, et réclament un moratoire pour que les données nationales de santé de l'Assurance-maladie soient utilisées pour évaluer « l'intérêt de santé publique » de la pratique, et pour que deux débats, l'un parlementaire, l'autre public, soient engagés sur le sujet.

 

Premier argument du collectif emmené par les trois poids lourds de l'industrie (Boiron, Lehning et Weleda) : les règles pour l'évaluation de l'efficacité de l'homéopathie « n'ont pas été définies » correctement au préalable, estime Valérie Lorentz-Poinsot, directrice générale du groupe Boiron. 

« Parmi les membres de cette commission, il n'y a qu'un seul généraliste, et ils ne connaissent pas l'homéopathie », ajoute-t-elle. Surtout, « la commission a été créée pour des médicaments conventionnels » et non homéopathiques, qu'elle a quand même évalués en « un temps record ».

Perte de chance pour le patient

Du côté des médecins homéopathes, on estime que « les dés étaient pipés depuis le départ ». « Pourtant, il n'y a jamais eu autant de demande en homéopathie ! Je vois chaque semaine un ou deux patients qui n'en ont jamais pris et viennent consulter pour s'en faire prescrire, car c'est un traitement thérapeutique sans intolérance, allergie ou complication », indique le Dr Charles Bentz, président du Syndicat national des médecins homéopathes (SNMHF). Selon l'Union nationale des médecins à exercice particulier (UNAMEP), affilié à la CSMF, « 34 % des généralistes en prescrivent quotidiennement ». 

« Quid de la prescription d'ici cinq ou dix ans s'il y a déremboursement ? Des non-médecins vont s'engouffrer dans la brèche et, à ce moment-là, on assistera à une vraie perte de chance pour les patients. Seul un médecin peut leur dire si on peut remplacer un traitement conventionnel par de l'homéopathie ou non », poursuit le Dr Bentz.

Pour le SML (qui ne fait pas partie du collectif), l'homéopathie sera remplacée par d’autres classes thérapeutiques qui ne manqueront pas « d’aggraver les complications et les hospitalisations liées à l’iatrogénie ». « C’est aussi oublier un peu vite que l’iatrogénie provoque plus de morts que les accidents de la route… mais au lieu de tenter de freiner le phénomène, une accélération serait envisagée ! », écrit le Dr Philippe Vermesch, président du syndicat 

Les patients utilisateurs de granules crient aussi au loup. « Les patients ne sont pas entendus, alors que 77 % des Français ont déjà utilisé l'homéopathie au moins une fois », assure Joël Siccardi, président d'Homéo Patients France. Pour l'association, un déremboursement serait « une atteinte au pouvoir d'achat, car les médicaments seront forcément plus chers ». « Certains patients bénéficiant de la CMU ne pourront pas continuer à utiliser de l'homéopathie », indique Joël Siccardi.

« Excellence française »

Le collectif met aussi en avant une étude d'ampleur qui viendrait prouver l'efficacité de l'homéopathie, la fameuse EPI-3, menée auprès de 800 médecins homéopathes et non-homéopathes et 8000 patients. Selon le Dr Patrick Blin, les patients qui ont recours à l'homéopathie ont « un risque de consommation de médicaments conventionnels plus faible » que les autres. 

Enfin, dernière carte abattue par le collectif face aux conclusions de la HAS : l'argument économique. « L'homéopathie est moins coûteuse que les médicaments conventionnels pour les finances publiques, elle représente 0,29 % des montants remboursés par l'assurance-maladie et 0,06 % des dépenses de santé », indique Valérie Lorentz-Poinsot.

Un déremboursement menacerait par ailleurs 1 000 emplois chez Boiron et les salariés de 2 743 fournisseurs français. « Nous ne laisserons pas tomber une filière d'excellence, avec des médicaments fiables et de qualité, 100 % fabriqués en France », conclut la DG de Boiron. Le laboratoire est soutenu par Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et par le maire de Lyon Gérard Collomb. 

Le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a également apporté son soutien au collectif. 

En attendant la réponse d'Agnès Buzyn, le collectif entend poursuivre sa mobilisation. Il continue de diffuser sa pétition, signée par plus de 1,1 million de patients.

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