Déremboursement de l'homéopathie : les anti-granules pressent Buzyn de suivre l'avis de la HAS

Par
Loan Tranthimy -
Publié le 01/07/2019
homeopathie

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Crédit photo : PHANIE

Rendu public le 28 juin, l'avis de la commission de transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) en faveur du déremboursement des médicaments homéopathiques continue d'agiter les anti-granules.

Craignant une reculade du gouvernement, Agnès Buzyn ayant précisé que sa décision pouvait attendre « quelques jours », voire « quelques semaines », les médecins du collectif FakeMed, très actifs sur les réseaux sociaux, ont relancé l'offensive. Ils encouragent la ministre de la Santé à prendre « une décision claire et rapide » allant dans le sens de la HAS, dont la décision est « une victoire pour la science », selon eux. 

S'appuyant sur l'évaluation scientifique de cette instance, ils estiment que « continuer de rembourser l'homéopathie, c'est refuser le principe fondateur de l'assurance-maladie basé sur le service médical rendu et l'efficacité des produits et donc la preuve scientifique ». « Continuer de rembourser l’homéopathie, c'est décrédibiliser les sociétés savantes, les Académies de médecine et de pharmacie ainsi que la HAS chargée de l'évaluation des médicaments en France », écrivent-ils. En mars dernier, les deux Académies ont sorti leur carton rouge en jugeant que l'homéopathie n'a pas démontré son efficacité et ne doit pas être remboursée.

« Grossier lobbying »

Les médecins du collectif rappellent quelques chiffres pour argumenter leurs propos. Loin d'être « une broutille », les 130 millions d'euros consacrés annuellement au remboursement de l'homéopathie correspondent « au coût d'embauche de 6 000 infirmiers à temps plein » et de « 8 250 aides-soignants » à l'hôpital. C'est aussi un moyen « de réduire d'un tiers le déficit des hôpitaux publics français », affirment-ils. Selon eux, la stratégie des laboratoires homéopathiques a donc été « d'utiliser le secteur économique et d'opérer un chantage à l'emploi pour influer sur une décision strictement scientifique ». Outre le déremboursement, le collectif réclame au gouvernement une loi afin que « les décisions de santé publique ne soient dictées que par le fait scientifique et non par des intérêts privés et des manœuvres de lobbying grossières »

Sur la même ligne, le syndicat UFML va encore plus loin en appelant carrément le gouvernement à transférer les fonds de l'homéopathie vers les urgences et la médecine de ville, en souffrance. 

« Chaque jour, 350 000 euros partent en fumée [en remboursement de l'homéopathie, NDLR], soit le salaire annuel de 20 aides-soignantes ou de 11 infirmières. Chaque jour, c’est l’équivalent de 14 000 actes de médecins généralistes remboursés à 100 % qui s’évaporent… », insiste le syndicat présidé par le Dr Jérôme Marty. L'UFML-S demande à l'Ordre des médecins et au Premier ministre Édouard Philippe de prendre position sur les soutiens politiques de Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé et président du conseil régional des Hauts-de-France, Gérard Collomb, ancien ministre de l’Intérieur et maire de Lyon, et Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, tous trois pro-homéopathie (pour des raisons essentiellement économiques). 

Supprimer l'enseignement 

Enfin, le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) monte lui aussi au créneau. Très mobilisé pour bouter hors des campus l'homéopathie, le CNGE propose une fois de plus de supprimer les enseignements homéopathiques des facs qui « décrédibilisent les facultés de médecine dans lesquelles ils subsistent ». Aux médecins, le collège lance un appel à l'abandon de toutes « méthodes ésothériques », « contraires aux données de la science ».

« Une fois que l'on a démontré que l'homéopathie n'avait pas de fondement scientifique, il faut arrêter de l'enseigner. Sinon, pourquoi ne pas alors enseigner le tarot ou la voyance en médecine ? » avait expliqué le Pr Vincent Renard, président du CNGE au « Quotidien », en janvier dernier. 

 

 

 


Source : lequotidiendumedecin.fr
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