Il n’existe pas de définition consensuelle de la fièvre ; le plus souvent, on retient une température centrale (tympanique ou rectale) supérieure ou égale à 38 °C, confirmée par deux mesures à 30 minutes d’intervalle. Il est difficile d’en connaître la fréquence pendant la grossesse. Deux grandes cohortes ayant étudié le lien entre fièvre maternelle et troubles du neurodéveloppement d’une part, et fièvre et fausse couche d’autre part, ont retrouvé respectivement une fréquence de la fièvre de 14 % et 18,5 %. Des études récentes ont montré que les causes les plus fréquentes en sont les infections virales saisonnières (plus de 50 %).
« Toute fièvre doit être évaluée avec un examen clinique complet, en prenant en compte le contexte épidémiologique et obstétrical, un voyage, les antécédents, les vaccinations récentes, la consommation d’un aliment ayant fait l’objet d’un rappel Listeria », explique la Pr Caroline Charlier (infectiologue à Cochin Port-Royal, AP-HP).
Éliminer un sepsis
Ensuite, il faut procéder par étapes ; la première cause à éliminer est une urgence maternelle, du fait d’un sepsis ou un choc septique, liés principalement à des infections intra-utérines et endométrites (40 %), des pyélonéphrites (20 %) ou des infections respiratoires (20 %). Il s’agit d’une situation rare (4-10/10 000 naissances vivantes), qui concerne 1 % des femmes hospitalisées pour une infection pendant la grossesse. La mortalité est heureusement rare (8 % des décès maternels), résultant d’erreurs diagnostiques et thérapeutiques dans la plupart des cas. « Les scores permettant d’identifier le sepsis (TA systolique ≤ 100 mmHg, fréquence respiratoire ≥ 22/mn et confusion) ne sont pas validés chez la femme enceinte, ce qui entraîne des risques de sur/sous diagnostic », prévient la Pr Charlier.
Les scores ne sont pas validés chez la femme enceinte
Une deuxième cause à détecter est l’urgence obstétricale. Les signes d’une infection intra-utérine, en plus de la fièvre, sont la tachycardie fœtale, les douleurs utérines et un liquide amniotique purulent à l’orifice cervical. Il faut alors induire la naissance et mettre la femme sous antibiothérapie.
D’autres infections maternelles bactériennes, virales ou parasitaires doivent être recherchées selon les cas : arbovirose, dengue, paludisme, pneumonie, pyélonéphrite, grippe, rougeole, varicelle, appendicite, etc.
Quatrième étape : rechercher les infections materno-fœtales hématogènes (Torch) : toxoplasmose, rougeole/Zika, rubéole, syphilis, herpes virus.
Vient enfin la recherche d’une cause bénigne (rhinopharyngite, gastro-entérite).
Listériose, se méfier de l’hémoculture
En présence d’une fièvre dite « nue », sans cause apparente, il faut penser à la listériose, infection grave pendant la grossesse, puisqu’elle induit, dans 25 % des cas, une perte fœtale et, dans plus de 50 %, une prématurité. « Les signes ne sont pas spécifiques et le diagnostic est souvent retardé. L’hémoculture est le seul examen possible avant la naissance. Elle est négative dans 45 % des cas de listériose materno-néonatale prouvés. La mise sous amoxicilline est nécessaire quel que soit le résultat de l’hémoculture, sauf diagnostic alternatif », indique l’infectiologue.
« Et il faut réévaluer à 48 heures, insiste-t-elle. Une étude menée sur 104 femmes enceintes fébriles admises aux urgences a montré qu’un diagnostic alternatif définitif a été posé dans 74 % des cas. »
Communication « Fièvre et grossesse » de la Pr Caroline Charlier (Cochin Port-Royal)
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