Souvenir de carabin

Un p'tit cognac pour se ragaillardir

- Publié le 31/12/2018
- Mis à jour le 02/01/2019
cognac

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Crédit photo : S. Toubon

Salle de garde, 1er étage, hôpital Boucicaut, rue de la Convention, Paris.

1972, 1er semestre, un samedi, 22h.

Externe de garde de chirurgie (service Aurousseau), je fais le quatrième aux cartes avec le cardiologue réanimateur, le potard et le gynéco-obstétricien de garde.

Merde le téléphone, les affaires reprennent.

– L’infirmier : « Monsieur B. (tumeur digestive à un stade terminal, déshydraté) n’est plus perfusé, il faudrait pratiquer une dénudation. (C’était avant la banalisation des cathéters...). »

– Moi : Je demande à l’interne (futur agrégé d’orthopédie) au bloc, M.B. n’est plus perfusable.

– L’interne occupé à opérer : « As-tu déjà dénudé ? »

– Moi : « Non, mais je t’ai vu faire hier. »

– Lui : « Donc tu sais faire. »

– Moi : « Bof. »

– Heureusement, le cardiologue de garde (service Lenègre) : « Je viens avec toi. »

– Le pharmacien : « Je vous accompagne, je n’ai jamais vu cela. »

– Le gynéco : « J’ai un nouveau-né à revoir. »

Nous voilà de nuit, l’infirmier, l’aide-soignant, le cardiologue, le pharmacien et l’externe, dans la salle de soins, le patient décharné sur un brancard sous une pâle lumière de plafond, devant la boîte d’instruments (bistouri, sonde cannelée, ciseaux, porte-aiguille et fils), perfusion en attente...

– Désinfection à la Bétadine.

– L’intervention est un peu laborieuse mais la perfusion fonctionne enfin.

– Le cardiologue : « C’est bien, vieux, tu sais dénuder... Mais ton patient est décédé depuis 5 min. Un petit cognac va te ragaillardir. »

Et nous avons rejoint la salle de garde pour reprendre la partie de cartes.