Souvenir de carabin

Odette et Paul

- Publié le 26/12/2018
- Mis à jour le 29/12/2018
odette

odette
Crédit photo : S. Toubon

Ils avaient 70 et 72 ans. Odette était en bonne santé et ne se plaignait que de douleurs rhumatismales épisodiques, toujours de bonne humeur et un charmant petit accent méridional.

Paul avait de simples problèmes de prostate liés à l’âge mais il était devenu plus renfrogné et anxieux depuis la découverte d’une DMLA deux ans plus tôt. Il n’était encore que peu handicapé par cette affection mais envisageait l’avenir avec effroi.

Ils venaient me consulter tous les trois mois, toujours ensemble et paraissaient inséparables et encore très amoureux. Ils ne m’appelaient que très rarement chez eux mais, un jour de début de printemps, ils avaient programmé une visite plusieurs jours à l’avance. Lorsque je m’y rendis, je fus très surpris de trouver porte close. Personne ne répondait à mes coups de sonnette de plus en plus rageurs. Les volets étaient pourtant ouverts.

Main dans la main

Je descendis dans le jardin, fit le tour de la maison et, en passant devant la porte du garage attenant, fut surpris d’entendre un bruit de moteur. Je tambourinais : rien, aucune réponse ! Désemparé et inquiet j’allais chez les voisins : ils n’avaient rien remarqué de particulier mais m’assurèrent que Paul et Odette étaient bien chez eux la veille…

Je finis par appeler les pompiers. Ils arrivèrent vite et défoncèrent la porte du garage : la voiture était effectivement en marche et Odette et Paul étaient allongés sous le pot d’échappement, sur une couverture, main dans la main, morts tous les deux.

La police arriva, on ouvrit la maison et on trouva deux lettres. Une pour leurs enfants et une pour moi où il était inscrit : excusez-nous Docteur mais on voulait que ce soit vous qui nous trouviez…

Je ne pus retenir mes larmes, malgré le monde présent : j’aimais beaucoup ce couple qui m’attendrissait à chaque fois que je les voyais, et je m’en voulais aussi beaucoup de n’avoir rien vu venir : Paul expliquait dans la deuxième lettre qu’il ne supportait pas l’idée de devenir aveugle et qu’Odette, son inséparable, avait décidé de le suivre dans ce dernier voyage.