La santé de l’enfant doit rester une priorité de santé publique, et la Société française de pédiatrie (SFP) que je représente reste pleinement engagée dans cette mission. Récemment, le rapport « Enfants et écrans » a été publié. Il souligne « l’hyper-connexion subie » des enfants, qui peut aboutir à un usage intensif des écrans ; il insiste sur la nécessité d’un discours de vérité — c’est-à-dire une prise en compte réaliste des risques individuels et collectifs liés à l’exposition précoce et excessive aux écrans — plutôt qu’une idéalisation de la technologie comme simple outil de connaissance ou d’émancipation.
Il ne s’agit pas de diaboliser l’outil numérique, devenu incontournable, mais de promouvoir un usage adapté à l’âge de l’enfant, cohérent avec son développement et, surtout, limité dans le temps. C’est pour cela qu’il est nécessaire de porter des recommandations nationales simples, fondées sur la science et soutenues par la législation. L’usage des écrans n’est pas adapté aux enfants de moins de 6 ans ; au-delà, une utilisation accompagnée est indispensable. L’accès au téléphone portable, vers 11 ans, et aux réseaux, vers 15 ans, permet de réconcilier développement et évolution de notre environnement.
Il faut informer les parents dès la maternité des risques liés aux écrans
La SFP appelle à une politique publique ambitieuse de prévention, intégrant une information précoce des parents dès la maternité, une formation renforcée des professionnels de santé, et de ceux qui sont au contact des enfants, une régulation plus marquée des contenus destinés aux plus jeunes, et un soutien aux alternatives éducatives favorisant les interactions humaines (lecture, jeux).
Des progrès attendus
Autre sujet, le dépistage néonatal, proposé à tous les nouveau-nés le jour de la sortie de la maternité, soit environ 680 000 par an. L’objectif est de diagnostiquer, avant l’apparition des symptômes, des maladies graves ou mortelles qui peuvent être évitées par un traitement ou un régime adapté. Parmi les pathologies dépistées, figurent la phénylcétonurie, l’hypothyroïdie congénitale, la mucoviscidose, l’hyperplasie congénitale des surrénales, la surdité ou la drépanocytose. Depuis 1972, plus de 40 millions de personnes en ont bénéficié, et plus de 30 000 patients ont été diagnostiqués.
Depuis le 1er septembre 2025, le dépistage néonatal s’est élargi à trois nouvelles pathologies : l’amyotrophie spinale infantile (SMA), les déficits immunitaires combinés sévères (Dics) et le déficit en VLCAD (déficit en acyl-CoA déshydrogénase des acides gras à chaîne très longue). Cette évolution était attendue de longue date, car elle s’appuie sur la génétique moléculaire. Elle fait suite à une expérimentation pilote dans deux régions de France pour la SMA ; enfin, elle nous rapproche des politiques de santé déployées ailleurs en Europe.
La SFP s’engage pleinement sur ces sujets, comme sur d’autres : le dépistage et l’organisation des soins pour les troubles du neurodéveloppement, la place des pédiatres au sein des comités de protection des personnes, l’accès à une formation continue de qualité, l’évaluation des pratiques et les échanges entres professionnels de santé de l’enfance, par exemple lors du congrès annuel qui se tiendra à Paris en 2026.
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