L'Ordre met en demeure la plateforme de téléconsultation Qare pour « publicités fallacieuses »

Par Sophie Martos
- Publié le 08/10/2018
- Mis à jour le 15/07/2019

L'Ordre des médecins vient de frapper une nouvelle fois dans le monde de la télémedecine. L'instance ordinale a pris la décision de mettre en demeure la société de téléconsultation Qare « de cesser la publication d'encarts publicitaires relatifs à la télémédecine ».

ll reproche à Qare d'avoir publié le week-end du 15 septembre, date de lancement de la téléconsultation, une publicité titrée « Satisfaits et remboursés » dans le « Journal du dimanche » (voir ci-dessous). Réuni en session fin septembre, le conseil de l'Ordre a estimé que les publicités de la société Qare sont « fallacieuses quant à l'intégration des services proposés dans le parcours de soins pour tous les patients et donc à leur prise en charge par l'assurance-maladie ».  

Contre la promotion d'offres commerciales

Les ordinaux réaffirment leur position et leur méfiance vis-à-vis des plateformes commerciales de télémédecine. « L'Ordre entend maintenir clairement son engagement contre toute ubérisation du système de santé via des moyens numériques, soulignent-ils. Cette ubérisation porte en effet, en elle-même, un risque fondamental d'atteinte au principe de la solidarité sur lequel est fondé notre système de soins et d'assurance-maladie ». Et d'ajouter : « Le développement d'offres de télémédecine ne saurait signifier un affranchissement des règles d'exercice de la profession ».

Avec l'entrée de la télémédecine dans le droit commun, des dizaines de sociétés privées s'engouffrent dans ce marché émergent. Garant de la déontologie, les ordinaux réclament depuis deux ans une régulation stricte des offres directes de téléconsultations proposés par les assureurs et sociétés privées. En février, le Dr Jacques Lucas, délégué général au numérique à l'Ordre a élaboré un cahier des charges incluant des lignes rouges à ne pas franchir pour les offres des plateformes privées : pas de publicité commerciale, ni de rémunération à la minute.

Ce n'est pas la première fois que l'Ordre entame une procédure à l'encontre d'une société. Fin 2017, il a déposé une plainte pour distorsion de concurrence devant le tribunal de grande instance de Paris après la diffusion sur les médias nationaux d'une campagne publicitaire réalisée par Eovi Mcd mutuelle vantant les mérites de son service de téléconsultation.

Pas une publicité commerciale

Contacté, le Dr Alexandre Maisonneuve, cofondateur et directeur médical de Qare admet ne pas avoir été « très adroit » mais « assume » cette communication qui « n'est pas une publicité commerciale concernant directement des médecins ». « On a une équipe qui travaille depuis deux ans, on voulait marquer ce nouveau virage avec l'arrivée de la téléconsultation. Du côté des patients et des médecins, il faut faire de la pédagogie sur cette nouvelle pratique qu'ils n'ont pas intégrée. Cette communication n'a pas pour objectif d'être programmée de nouveau », explique-t-il. En revanche, le Dr Maisonneuve ne se retrouve pas dans les propos tenus par l'Ordre sur l'ubérisation. « Je ne suis pas d'accord sur le terme d'ubérisation, on ne remplace pas des médecins par des non-médecins ici », peste-il. 

Assurant être dans les clous de l'avenant 6, le Dr Maisonneuve a également précisé être dans une période de transition sur la mise en place de la facturation et la feuille de soins électronique, disponibles mi-novembre.