Pollution : le Pr Aubier comparaît mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris, une première

Par
Dr Lydia Archimède -
Publié le 12/06/2017

Le Pr Michel Aubier, ancien chef du service de pneumologie à l'hôpital Bichat (Paris), doit comparaître ce mercredi 14 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. Il risque jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende pour avoir menti sur ses liens avec le groupe Total lors d'une audition par une commission sénatoriale.

Dans ce procès qui apparaît comme une première à la fois juridique et parlementaire, le Sénat a décidé le 30 mai dernier de se constituer partie civile. C'est le Sénat qui, en avril 2016, avait décidé de transmettre le dossier au parquet qui, après une enquête préliminaire, avait décidé de poursuivre le praticien pour « faux témoignage sous serment ».

Médecin-conseil chez Total

Le Pr Aubier avait été appelé un an plus tôt à remplacer le directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux (Paris), Martin Hirsch, lors d'une audition de la commission d'enquête du Sénat sur le coût économique et financier de la pollution de l’air. Le Pr Aubier avait alors passé sous silence ses liens avec l'industrie pétrolière lors de son audition à la Haute Assemblée alors qu'il avait prêté serment. Mais quelques mois plus tard, à la suite de révélations publiées dans les médias, à Libération et au Canard Enchaîné, le Pr Aubier reconnaissait, devant la commission réunie exceptionnellement à huis clos, avoir touché de 50 000 à 60 000 euros par an du groupe pétrolier Total où il occupait les fonctions de médecin-conseil depuis la fin des années 1990.

Lors de son audition, le pneumologue avait minimisé les effets de la pollution, déclarant notamment que « le nombre de cancers dans les pathologies respiratoires (...) liées à la pollution est extrêmement faible ». Son avocat François Saint-Pierre avait fait savoir qu'il plaiderait la relaxe. « Ses fonctions de médecin du travail au siège du groupe n'ont rien à voir avec l'activité industrielle de Total », avait-il déclaré, précisant qu'il était par ailleurs membre de la fondation Total, chargé d'organiser l'action humanitaire. « Il a toujours exercé ses fonctions de manière indépendante par rapport au groupe, dont il n'a jamais été le défenseur », avait ajouté l'avocat.

Procès des conflits d'intérêt dans le champ de la santé

Plus largement, il entend « critiquer durement » le fonctionnement même de ces commissions parlementaires. « Si ce sont des organes politiques, il n'y a pas de serment. Mais s'il y a un serment, alors on peut attendre des membres qu'ils se comportent comme des magistrats, avec la même impartialité », a-t-il dit à l'AFP, rappelant que la rapporteure de la commission, la sénatrice écologiste Leila Aïchi, s'était publiquement émue d'un « mensonge (...) inadmissible ».

Trois ONG, Écologie sans Frontières, Générations futures et Le rassemblement pour la planète, ont décidé également de se porter civile. Les ONG réclament « des peines exemplaires » et souhaitent que « ce procès soit le début d'une prise de conscience des méfaits des conflits d'intérêt dans le domaine de la santé ».

Avec AFP

Source : lequotidiendumedecin.fr