En modifiant la cible, il serait possible de produire un vaccin antigrippal plus efficace, provoquant la production d’anticorps naturels, selon des recherches menées par des chercheurs de l’Université du Michigan et de l’Institut Pasteur. De tels anticorps ne se contenteraient pas de protéger contre les formes graves, ils réduiraient également la transmission interhumaine. Jusqu’à présent, peu d’attention a en effet été porté au développement de vaccins capable de réduire le niveau individuel d’infectiosité, c’est-à-dire la capacité d’un individu infecté à transmettre le virus. L’étude, publiée dans la revue Nature Communications, a été financée par les National Institutes of Health (NIH) américains.
Les différentes souches de virus de la grippe se caractérisent par deux principales protéines de surface : les hémagglutinines (HA) sont impliquées dans l’entrée du virus dans les cellules et les neuraminidases (NA) lui permettent de s'échapper et de se propager. On savait déjà que la présence d’anticorps contre la neuraminidase avant l’infection raccourcit la durée de cette dernière – ce qui laissait supposer qu’ils pourraient diminuer l’infectiosité des patients infectés. Alors que les vaccins actuels ciblent surtout la protéine HA, les chercheurs montrent qu'en renforçant aussi les défenses contre la protéine NA, on réduirait aussi la transmission de la grippe d'une personne à l'autre (et non seulement l’infection chez les personnes vaccinées).
Une baisse de moitié de l’infectiosité
L’équipe de recherche franco-américaine a étudié une chaîne de transmission de l’influenza A H3N2 au sein d’une communauté à Managua, au Nicaragua. Au cours de cette étude, 171 foyers dans lesquels un cas de grippe a été confirmé ont été étudiés pendant les saisons grippales 2014, 2016 et 2017, ainsi que leurs 664 contacts. La quasi-totalité des participants n’ayant jamais été vaccinée, les chercheurs ont pu observer les schémas de transmission influencés par les anticorps induits par l’infection (grâce à des analyses de sang, des tests virologiques et de puissantes modélisations mathématiques). Et ainsi identifier quels anticorps étaient les plus efficaces pour empêcher une personne infectée de transmettre la grippe à son entourage.
Au cours du suivi, il a été constaté que la présence d’anticorps dirigés contre la HA à hauteur de 31 UI/mL était associée à un moindre risque d’être infecté : - 37 % s’il s’agit d’anticorps dirigés contre la tête de la HA et - 34 % s’il s’agit d’anticorps dirigés contre la tige. La présence d’anticorps dirigés contre la NA a été associée à un risque d’être infecté réduit de 51 %. Par ailleurs, la présence de ces différents anticorps anti-NA chez des personnes infectées était associée à une baisse de 45 % du risque de transmettre la pathologie.
« Modifier les vaccins pour y intégrer des anticorps contre la NA renforce les défenses, ce qui est particulièrement important pour les nourrissons, les personnes immunodéprimées et celles incapables de développer une forte réponse vaccinale, a précisé Aubree Gordon, épidémiologiste à la School of Public Health, dans un communiqué de Pasteur. Cette modification pourrait également être cruciale en cas de pandémie grippale. »
Cette étude intervient alors que l’activité grippale est en pleine explosion et que l’on enregistre déjà les premiers décès de la saison 2025-2026 dans l’hémisphère nord. La grippe infecte plus d’un milliard de personnes et en tue environ 650 000 chaque année dans le monde. « Comprendre les facteurs qui influent sur la propagation de la grippe est primordial pour élaborer de meilleures stratégies d’endiguement, mais s’avère souvent complexe. Cette étude nous a apporté ces éclairages grâce à l’analyse de données très détaillées, documentant la transmission de la grippe au sein de foyers à l’aide de techniques de modélisation de pointe », commente Simon Cauchemez, auteur principal de l’étude, chef de l’équipe Modélisation mathématique des maladies infectieuses de l’institut Pasteur.
Le vaccin actuel efficace contre le sous-clade K de grippe A (H3N2)
Selon des données préliminaires publiées par le centre européen de contrôle des maladies (ECDC), l’efficacité du vaccin contre l’influenza A (H3N2) se situerait entre 52 % et 57 % selon les évaluations. Des résultats jugés encourageants, qui « soutiennent les efforts actuels en faveur d’une vaccination contre la grippe saisonnière des populations clés dans les délais les plus brefs possibles. » Les chercheurs de l’ECDC se sont fondés sur les données de 866 cas de grippes, comparés à 4 165 contrôles négatifs. La quasi-totalité des cas étaient causés par le récent sous-clade K de l’influenza A (H3N2), très majoritaire dans l’épidémie précoce de cette année. La formulation du vaccin pour la saison 2025-2026 a une efficacité de 44 % contre tous les types d’influenza, 52 % contre l’influenza A (H3N2) et 16 % contre influenza A (H1N1), responsable de l’épidémie de 2009.
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