À l’heure du Covid-19

Quels sont les patients à risque ?

Par
Dr Maia Bovard Gouffrant -
Publié le 27/03/2020

Le Haut Comité de santé publique a publié une liste des personnes les plus à risque de déclarer une forme sévère de l’infection au Covid-19, en raison d’une pathologie sous-jacente ou d'un traitement. L’enjeu est d’éviter les rechutes ou les complications de ces pathologies, tout en limitant le risque lié à l’infection par le coronavirus.

2 à 11 % des malades du Covid-19 avaient une pathologie hépatique chronique sous-jacente

2 à 11 % des malades du Covid-19 avaient une pathologie hépatique chronique sous-jacente
Crédit photo : Phanie

Les personnes atteintes de cirrhose, d’hépatites chroniques auto-immunes traitées par immunosuppresseurs, de cancers primitifs du foie ainsi que les transplantés sont à haut risque de formes sévères du Covid-19.

Des malades du foie à risque

Chez les patients cirrhotiques ou avec un cancer primitif du foie, le risque est lié à une immunodépression relative et à une décompensation hépatique en cas d’infection virale et/ou de surinfection bactérienne. Chez les patients transplantés ou atteints d’hépatites auto-immunes, il est lié au traitement immunosuppresseur. Les patients atteints de NASH sont également exposés à une forme sévère, de par les facteurs métaboliques, l’obésité morbide, le diabète ou l’hypertension artérielle. « Selon l’expérience chinoise, 2 à 11 % des patients atteints du Covid-19 avaient une pathologie hépatique chronique sous-jacente au moment de la contamination. L’infection à Covid-19 s’associait à une augmentation des transaminases dans 14 à 53 % des cas, avec un risque de défaillance hépatique y compris en l’absence d’hépatopathie (1) », remarque la Pr Nathalie Ganne-Carrié, secrétaire générale de l’Association française pour l’étude du foie (AFEF).

Même en cas de symptômes évoquant le coronavirus, le traitement immunosuppresseur ne doit pas être arrêté, ce qui exposerait les patients transplantés à un potentiel rejet d’organe ou à une réactivation parfois très bruyante d’une hépatite chronique auto-immune. Avec un risque élevé de morbimortalité, l’arrêt des traitements doit faire l’objet d’une concertation entre le médecin prenant en charge l’infection et l’hépatologue. La meilleure arme est la prévention, avec un confinement total des patients fragiles (sans sortie y compris pour les courses) et des règles d’hygiène strictes pour toutes les personnes du foyer. Selon l’expérience chinoise, les mesures prophylactiques drastiques, y compris pendant l’hospitalisation, ont fait la preuve de leur efficacité puisque chez 111 patients cirrhotiques décompensés (dont 2/3 hospitalisés), un seul décès est survenu (2).

Déjà formellement déconseillés lors d’une cirrhose, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont contre-indiqués en cas d’infection à Covid-19. « Le paracétamol, qui reste la première cause médicamenteuse de transplantation hépatique, doit être limité à deux grammes par jour », insiste l’hépatologue.

En cas de MICI, garder la tête froide

Diverses sociétés savantes (de dermatologie, gastro-entérologie et rhumatologie) recommandent aux patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) de ne pas suspendre préventivement leurs traitements au risque de faire une poussée de leur maladie. Même si les textes officiels considèrent que toutes les personnes sous immunosuppresseurs ou biothérapie sont à risque de développer une forme grave de la maladie, aucune donnée scientifique ne corrobore ce message alarmiste. Ces patients ne semblent pas être plus fréquemment atteints par le Covid-19, ni faire des formes plus graves. « Dans la mesure où la réponse immunitaire de l’hôte pourrait expliquer certaines formes graves, être sous biothérapie pourrait ne pas être forcément un désavantage vis-à-vis du coronavirus, même si on manque encore de recul », remarque le Pr David Laharie (Bordeaux), président du Groupe d’étude thérapeutique des affections inflammatoires du tube digestif (GETAID). Par contre, pendant une infection avérée au Covid-19, le traitement par biothérapies ou immunosuppresseurs doit être suspendu temporairement. Chez les personnes asymptomatiques ayant été en contact avec une personne atteinte de Covid-19, c’est plus délicat à trancher. D’une part, à ce stade de l’épidémie, le risque d’avoir été en contact avec une personne atteinte sans le savoir est très important, et il est nécessaire de surveiller la température. D’autre part, l’arrêt intempestif d’un traitement efficace pourrait occasionner des rechutes et donc emboliser les structures de soins, déjà sous tension maximale.  

(1) Zhang C. et al. Gastroenterol Hepatol 2020
(2) Xiao Y et al. Lancet Gastroenterol Hepatol 2020

Dr Maia Bovard-Gouffrant
En complément

Source : Le Quotidien du médecin