Les maladies cardio-neurovasculaires (MCNV) représentent la deuxième cause de mortalité après les cancers en France, mais la première en Europe et dans le monde. Elles provoquent 140 000 décès par an et 1 million d’hospitalisations, selon les données de Santé publique France en 2022, et la plupart sont liées à des facteurs de risque cardiovasculaire (FRCV).
Il n’y a pas en France de stratégie préventive définie, alors même que la Commission européenne a développé en 2025 le plan « Pour un cœur en bonne santé ». L’idée est de décliner ce plan dans les différents États de l’union européenne ; aussi, les diverses sociétés savantes, dont la Fédération française de cardiologie (FFC), la Société française de cardiologie (SFC), le Conseil national professionnel cardiovasculaire (CNPCV), l’Académie nationale de médecine, la Société française neurovasculaire (SFNV), la Fondation cœur et recherche et l’association de patients Alliance du cœur, se sont impliquées afin de formaliser une feuille de route et d’inscrire dans la loi ce « plan Cœur » à la française, à l’image de ce qui a été fait avec le plan Cancer.
Un plan Cœur à la française
La prévention a un budget limité en France comparé à d’autres pays, quatre fois moins important par exemple qu’en Allemagne, alors qu’une grande partie de la population accumule les FR – tabagisme, HTA, obésité, hypercholestérolémie, etc. On compte encore actuellement 32 % de fumeurs et 25 % de fumeurs quotidiens, selon le baromètre de Santé publique 2025. « Notre objectif est d’ancrer dans la loi la prévention dans le domaine des MCNV, pour tenter d’enrayer la bombe épidémiologique que constituent la prévalence et l’augmentation des FRCV, explique le Pr Jérôme Roncalli (CHU de Toulouse), vice-président de la FFC. Le député, ancien ministre de la Santé et cardiologue Yannick Neuder ainsi que le sénateur Khalifé Khalifé, ancien cardiologue, se sont largement impliqués dans ce projet. Des actions concrètes avaient déjà été évoquées en 2023, comme la mise en place systématique de rendez-vous de prévention aux quatre âges clés de la vie pour toute la population française afin de la sensibiliser aux FR modifiables. »
Des populations spécifiques à cibler
Les campagnes de dépistage et de sensibilisation doivent toucher précocement le jeune public, des écoliers aux étudiants, dont on sait qu’ils sont de plus en plus sédentaires et en surpoids, afin d’intégrer les bonnes habitudes dès le plus jeune âge. À la demande des pédiatres, le dépistage des hypercholestérolémies familiales, souvent non diagnostiquées alors qu’elles concernent une personne sur 250, devrait être demandé dès l’âge de 6 ans.
Autre population particulièrement vulnérable : les femmes, avec leurs FR spécifiques, et qui sont généralement moins bien et plus tardivement prises en charge. Près de 200 femmes décèdent chaque jour en France d’un accident cardio- ou neurovasculaire
Dans les entreprises, une sensibilisation aux FRCV et aux MNCV devrait être développée, en s’appuyant, par exemple, sur la visite de mi-carrière des salariés. Les médecins du travail pourraient être un moteur de la sensibilisation et orienter vers une prise en charge adaptée si nécessaire.
Mobiliser tous les acteurs de santé
« Au vu de la pénurie de médecins, qui ont déjà une place très importante au sein des CPTS pour organiser le dépistage et la prévention initiale, il est indispensable que d’autres professionnels de santé interviennent, explique le spécialiste. Les infirmiers de ville le font déjà, mais il faut également impliquer pharmaciens et kinésithérapeutes afin qu’ils puissent mesurer la PA et sensibiliser la population aux FR, de même que les étudiants en médecine et les sages-femmes. » L’objectif étant de soutenir le corps médical par d’autres professionnels de santé pour le dépistage et la prévention, afin de libérer du temps pour la prise en charge des patients.
Les divers conseils de l’ordre et la Cnam doivent aussi être impliqués. Pour sensibiliser la population, il sera fait appel à toutes les associations de patients et aux différentes fédérations.
Des actions mises en place par la FFC
« La Fédération française de cardiologie [FFC] a pour mission principale de sensibiliser le grand public aux MCNV et à leurs facteurs de risque avec, grâce à nos bénévoles, des chaînes de dépistage dans les entreprises, les écoles, etc. Actuellement, d’avril à octobre, le Secours Tour réalise un circuit à travers la France grâce à un camion itinérant : à chacune des 60 étapes, il sensibilise la population aux FRCNV, fait du dépistage (prise de la PA, dosage du cholestérol et de la glycémie) avec un avis cardiologique si une anomalie est repérée, explique le Pr Roncalli. Il assure aussi une initiation aux gestes qui sauvent, un atout indispensable vu les plus de 50 000 morts subites par an ; et l’objectif du gouvernement de former 80 % de la population au massage cardiaque, alors qu’actuellement on reste plutôt autour de 20 %. »
Des pistes de financement
Ces actions de sensibilisation et de dépistage pourraient être budgétisées grâce aux taxes sur le tabac, déjà prévues dans la loi. D’autres pistes sont envisagées, comme des taxes spéciales sur les industries qui ne respectent pas le Nutri-score par exemple. « Il serait logique que toutes les entreprises qui tirent leurs bénéfices de produits contribuant au développement des FRCV participent au financement de ces actions », souligne le spécialiste.
Entretien avec le Pr Jérôme Roncalli (CHU de Toulouse), vice-président de la FFC
Article précédent
Le grand retour des digitaliques
Article suivant
IRM cardiaque : un diagnostic augmenté déjà en routine
Le grand retour des digitaliques
Une loi pour la protection cardio-neurovasculaire
IRM cardiaque : un diagnostic augmenté déjà en routine
Valvulopathie : intervenir ou non, une stratégie thérapeutique de long terme
Hyperkaliémie et IC : l’arrêt des traitements n’est plus la règle
Fibrillation atriale : l’éternelle question des anticoagulants
Hypertension artérielle : une vague d’innovations thérapeutiques
CCAM technique, la « nébuleuse » ? Les syndicats médicaux restent réservés sur la grande révision en cours
Dr Vincent Pradeau (Avenir Spé) : « Les spécialistes libéraux sont mobilisés et remontés comme jamais ! »
Le pilotage de précision des grossesses sous immunosuppresseurs
Sarcoïdose : souvent thoracique, mais pas que