La santé mentale est la grande cause nationale 2025. Si les indicateurs sont mauvais en France métropolitaine, c’est encore pire dans les territoires d’Outre-mer, démontre une étude conçue conjointement par la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF), l’institut Montaigne et l’institut Terram, réalisée par l’institut de sondage Ipsos. Celle-ci a été menée auprès de 5 633 personnes âgées de 15 à 29 ans représentatifs de la population française (Hexagone et départements et régions d’outre-mer)*.
Selon ce travail, se fondant sur le PHQ-9 (questionnaire de neuf questions sur la santé mentale des patients qui permet d’estimer les symptômes de dépression), un quart des jeunes Français (25 %) seraient atteints de dépression, avec des disparités territoriales importantes. Dans l’Hexagone, ce taux varie de 19 % en Bourgogne Franche-Comté, 21 % en Bretagne, Centre-Val de Loire ou 22 % en Pays de la Loire, jusqu’à 28 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Corse ou encore 27 % en Île-de-France. Mais dans les territoires ultramarins, la moyenne des jeunes atteints de dépression atteint 39 % : et même jusqu’à 52 % en Guyane, 44 % en Martinique, 43 % à Mayotte, 37 % en Guadeloupe ou encore 32 % à la Réunion !
Rapportés au ressenti déclaratif de leur santé mentale, ces chiffres sont cohérents : seuls 34 % des jeunes Mahorais estiment être en « très bonne » ou « assez bonne » santé mentale, 37 % des jeunes Martiniquais, 38 % des jeunes Guyanais, 41 % des jeunes Réunionnais et 43 % des jeunes Guadeloupéens. Dans l’Hexagone, les ressentis positifs sont nettement plus élevés, à 64 % en Bretagne, 63 % en Île-de-France, 62 % en Normandie ou encore 61 % en Corse, Provence-Alpes-Côte d’Azur ou Auvergne-Rhône-Alpes.
Tabou en Outre-mer
« Je ne suis pas surprise par ces chiffres. Ce sujet de la santé mentale est très important pour nos outre-mer, mais il reste un tabou, souvent associé à la folie », explique la sénatrice de la Guadeloupe, Solanges Vala-Nadille, qui siège à la commission des Affaires sociales. Elle explique ces résultats, notamment, par les graves difficultés d’accès aux services publics et aux soins, liées aux transports et à la pénurie de professionnels de santé. D’autres facteurs entrent en ligne de compte tels que le taux d’actifs plus faible, une plus grande précarité ou le nombre de très jeunes femmes mères.
Sur son propre territoire guadeloupéen, l’établissement public de santé mentale (EPSM), en première ligne, a perdu sa certification HAS en raison du manque de moyens, avant un nouvel audit en mars 2026. « On parle de la santé mentale comme un enjeu national mais on ne met pas les moyens : il faut des budgets fléchés ! », s’agace-t-elle, appelant à mobiliser des financements dès l’école pour permettre au personnel infirmier de faire davantage de prévention.
De fait, malgré des taux de dépression nettement plus élevés, moins de jeunes ultramarins ont déjà consulté un professionnel (30 % contre 38 % dans l’Hexagone) – avec là encore des disparités notables : 34 % en Martinique mais seulement 26 % en Guyane. Dans ces territoires, l’un des freins mentionnés par ceux ayant ressenti le besoin mais n’ayant pas consulté est justement de ne pas savoir vers qui se tourner (25 % des situations).
Charges mentales
Les jeunes ultramarins se déclarent particulièrement mécontents à l’égard des services publics (santé, éducation, transports), à hauteur de 43 % d’insatisfaction soit plus du double de la moyenne nationale (21 %). Et ils sont également plus nombreux à éprouver un sentiment de solitude (58 %) que sur le reste du territoire français (41 %). « Quand on pense aux inégalités sur notre territoire, il y a aussi l’accès aux espaces de sport ou de culture, l’accès à la nature et le temps de transports pour y arriver », appuie le vice-président de l’Unef, Helno Eyriey, rapporteur sur la santé mentale des jeunes au Cese. « Cela implique des charges mentales importantes, où la précarité entraîne un enchaînement de difficultés », termine-t-il.
Concernant leur propre avenir, les enjeux environnementaux ou climatiques, ainsi que l’actualité internationale, les jeunes vivant dans les Drom sont aussi inquiets que leurs homologues de France métropolitaine : 55 % d’inquiétude à Mayotte ou 48 % à La Réunion mais 59 % dans les Hauts-de-France ou 56 % en Bretagne. Sur ce plan, l’angoisse des jeunes de l’Hexagone et Outre-mer est largement partagée.
*L’administration de ce questionnaire de 23 questions s’est déroulée en ligne du 14 au 30 avril 2025, selon une méthode des quotas. À noter que dans chacun des Drom étudié, environ 120 jeunes ont été interrogés – de 116 en Guyane à 145 à La Réunion.
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