L’interminable valse des ministres de la Santé va-t-elle se poursuivre dans le nouveau maelstrom politique hexagonal ? Le nouveau chef du gouvernement Sébastien Lecornu a promis des « ruptures », mais les acteurs du secteur appellent à une forme de « continuité », du moins pour ne pas freiner encore des dossiers indispensables. Une équation impossible ? La nomination à Ségur est attendue avec d’autant plus d’impatience que le Premier ministre a affiché sa volonté de faire de la santé une priorité nationale en créant notamment 5 000 maisons France Santé d’ici à 2027. Tout d’horizon de quelques favoris et outsiders.
Le Dr Yannick Neuder pour incarner la stabilité mais…
Ministre sortant, le bûcheur cardiologue hospitalier Yannick Neuder (LR) n’a jamais fait mystère de son envie de rempiler à ce poste qu’il a longtemps convoité. Et si possible en ayant les coudées franches à Ségur, c’est-à-dire libéré de la tutelle de Catherine Vautrin qui pourrait récupérer le ministère des Armées ou un autre maroquin. L’ancien rapporteur du budget de la Sécurité sociale voudrait avoir les moyens de porter jusqu’à leur terme des sujets forts dont la quatrième année d’internat de médecine générale, le rapatriement des étudiants en médecine français partis à l’étranger, les journées de solidarité territoriale, un plan pour la santé mentale, voire une grande loi pluriannuelle en santé que réclament les acteurs du secteur. Au bout de neuf mois, ce proche de Laurent Wauquiez peut se prévaloir de la simplification des épreuves de vérification des connaissances (EVC) pour les praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue), de la réforme de la profession infirmière et surtout du maintien de la liberté d’installation — ligne jaune à ses yeux – face aux coups de boutoirs de certains élus. Apprécié du secteur qui voit en lui un ministre accessible et à l’écoute, il reste en revanche peu connu du grand public. Ses bonnes relations avec le président de la République – et avec le désormais Premier ministre qu’il a accompagné lors de son premier déplacement santé – pourraient lui permettre de poursuivre son CDD à Ségur.
La rhumatologue Stéphanie Rist, expertise et fidélité récompensées ?
La Dr Stéphanie Rist (Ensemble pour la République, Loiret), rhumatologue hospitalière de profession, aurait dû rejoindre le gouvernement Barnier en 2024, en tant que ministre des Personnes âgées et handicapées au sein du ministère des Solidarités, mais elle avait décliné – son suppléant n’ayant pas accepté de prendre la relève à l’Assemblée nationale. Qu’à cela ne tienne : cette ancienne rapporteure du budget de la Sécu, à l’initiative de plusieurs lois marquantes sur la santé (encadrement de l’intérim médical dans les hôpitaux, accès direct à certains paramédicaux), est désormais numéro 2 du parti macroniste à l’Assemblée nationale dirigé par l’ex-Premier ministre Gabriel Attal. Elle a encore remis au gouvernement cette année un rapport sur la prise en charge de la ménopause, assortie de 25 propositions. « Elle ferait une excellente ministre », glisse son collègue Jean-François Rousset, avec qui elle anime le groupe en charge des questions de santé du parti macroniste. Bénéficiant de la force de frappe du socle commun, cette habituée de la commission des Affaires sociales et des PLFSS a toujours une carte à jouer… Même si sa nomination n’incarnerait pas la rupture. « Remplacer Neuder par Rist ? Tout ça pour ça ! », grince un socialiste.
Jérôme Guedj, l’improbable prise de guerre à gauche
Son nom a circulé pour Ségur et l’intéressé a démenti. Il n’empêche. Le député socialiste de l’Essonne Jérôme Guedj, ancien inspecteur général des affaires sociales (Igas), spécialiste du grand âge et des questions de santé, aurait été approché par l’exécutif, en quête de figures d’ouverture à gauche. « Il serait un très bon ministre de la Santé », confie le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre chef de service au CHU Henri-Mondor et conseiller national du PS chargé de la santé. Mais sans doute pas dans le gouvernement Lecornu… Le Dr Claude Pigement, ex-responsable santé du PS, qui le connaît bien, trouverait même sa nomination « absurde », alors qu’il a rédigé le volet Sécu/santé du contre-budget socialiste. En clair, pas question pour Jérôme Guedj – même si ses relations sont glaciales avec le premier secrétaire du PS Olivier Faure – d’endosser des réformes comme le doublement des franchises médicales ou la réduction de l’AME. Questionné sur l’éventualité de sa nomination à Ségur, le principal intéressé a clairement évacué cette rumeur sur Sud Radio. « Cela n’a pas de sens (…) J’aurais adoré être ministre dans un gouvernement de gauche qui aurait eu à construire ces compromis », a-t-il tranché. D’autres sont moins affirmatifs. « C’est le socialiste le plus proche de la macronie, s’il y va, ce sera pour servir ses intérêts personnels », affirme un élu. Le Dr Christophe Prudhomme (apparenté LFI), qui siège avec lui à la région francilienne, résume de façon cinglante : « Il ne serait qu’un faire-valoir de gauche, sans temps, ni moyens ».
Revel, Braun, Juvin… : outsiders réguliers
Parmi les autres noms qui circulent, celui de Nicolas Revel, actuel directeur général de l’AP-HP, revient parfois. L’ancien patron de la Cnam bénéficie d’une solide cote de popularité et surtout, il connaît aussi bien les arcanes de la médecine libérale que les rouages de l’hôpital, deux secteurs en souffrance. Mais selon un connaisseur, « il n’acceptera jamais, son objectif est de transformer l’AP-HP », même si Nicolas Revel formule parfois des propositions plus ambitieuses sur le système de santé. En mai 2025, dans une note publiée par le think tank progressiste Terra Nova, le DG de l’AP-HP développait ses solutions pour « sortir de l’impasse ». Une proposition consistait à obliger les médecins en secteur 2 à consacrer quelques jours par mois à des consultations dans les déserts médicaux…
L’urgentiste a déjà été aux manettes à Ségur et a conservé un goût de « parti trop tôt » : le Dr François Braun, qui a été reçu à l’Élysée il y a quelques jours (et devrait l’être à Matignon), entend plus que jamais peser sur les décisions et œuvrer à la transformation du système de santé, en s’inspirant du modèle québécois. Encarté dans aucun parti, le médecin – qui a repris une activité clinique en plus de son poste de conseiller du DG du CHU Metz-Thionville - bénéficie d’une bonne image avec sa casquette d’expert de la société civile. Une piste ?
Le Pr Philippe Juvin, député (LR) des Hauts-de-Seine et chef des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP), se prépare de longue date pour un poste ministériel et tout naturellement pour Ségur, en tant que spécialiste des questions de santé. Personnalité de droite « Macron compatible », son sort reste toutefois lié aux équilibres internes au sein du gouvernement et à un accord avec sa famille politique, Les Républicains. Ses bonnes relations avec le camp présidentiel en font un candidat naturel.
Les élus du parti Horizons, au sein du bloc central, pourront-ils jouer leur carte à Ségur ? Trois experts santé font figure d’outsiders. Ainsi, l’ex-ministre et députée de Seine-Maritime Agnès Firmin-Le Bodo, proche d’Édouard Philippe, pourrait faire un retour pour mener à bon port la proposition de loi sur la fin de vie qu’elle a contribué à lancer. Autre ex-ministre de la Santé, Frédéric Valletoux, député très en vue en tant que président de la commission des Affaires sociales, est toujours sur les rangs… Arnaud Robinet, maire (Horizons) de Reims, vient de son côté d’être réélu à la tête de la FHF, principal lobby hospitalier.
Du côté des surprises enfin, Marguerite Cazeneuve, la numéro 2 de la Cnam, avait été pressentie pour Ségur en tandem avec Frédéric Valletoux, à l’été 2023. Rebelote ?
Pour rappel, depuis 2022, huit ministres de la Santé se sont succédé (avec des intitulés variables) : Brigitte Bourguignon, François Braun, Aurélien Rousseau, Agnès Firmin Le Bodo, Catherine Vautrin, Frédéric Valletoux, Geneviève Darrieussecq et Yannick Neuder.
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