Haro sur l’État obèse, place à l’efficacité ! Au lendemain de la manifestation nationale intersyndicale qui a mobilisé entre 500 000 et un million de personnes, Matignon a annoncé ce vendredi la création d’une mission « État efficace », confiée à deux hauts fonctionnaires – Pierre-Mathieu Duhamel et Denis Morin – qui devra proposer des mesures pour « une meilleure organisation et une meilleure efficacité du service public », dans tous les domaines. Cette mission sera directement rattachée au Premier ministre Sébastien Lecornu.
Efficacité et culture du résultat
Deux objectifs sont affichés. Le premier vise à rendre l’organisation administrative « plus lisible, plus simple et plus efficace », y compris en regroupant, fusionnant voire supprimant « des structures qui font double emploi dans le même champ de politique publique ». La deuxième priorité est, dans un contexte budgétaire contraint, de « renforcer la performance de la gestion » des départements ministériels et des opérateurs de l’État et à responsabiliser les dirigeants publics quant à « l’obtention de résultats ».
Reste à savoir si (et jusqu’où) le secteur de la santé, qui ne manque pas d’opérateurs, d’agences et de comités, sera concerné par ce grand ménage dans le millefeuille administratif. Ces derniers mois, des rapports parlementaires ont évoqué par exemple une réforme en profondeur des agences régionales de santé (ARS). En juillet 2025, dans un rapport d’enquête, deux sénateurs avaient recommandé de supprimer les ARS, qu’ils jugeaient « trop lentes et trop chères », et de les intégrer aux préfectures. Sous l’impulsion du groupe Liot, une commission d’enquête parlementaire sur l'organisation du système de santé et les difficultés d'accès aux soins suggérait elle aussi de faire disparaître ces structures.
Au printemps dernier, c’est surtout le projet de loi de simplification de la vie économique qui avait donné lieu à des débats vifs et nourris autour de la suppression éventuelle de diverses instances de santé, comme le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie (Hcaam), l’Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) ou même la Haute Autorité de santé (HAS), en vain. Adopté par les députés mi-juin, le texte doit suivre sa route parlementaire en commission mixte paritaire (CMP).
Gauche et droite
D’ores et déjà, pour montrer l’exemple, Sébastien Lecornu a décidé la suppression d’une série de délégations interministérielles (suivi des conclusions du Varenne agricole de l’eau et de l’adaptation au changement climatique ; restructurations d’entreprises ; forêt et bois ; grands évènements sportifs, etc.) Exit aussi la délégation générale en charge du service national universel (SNU) en 2026, dans un contexte de création prochaine du service militaire volontaire (SMV), ou encore le poste de coordonnateur national des mobilités pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024… « Les textes réglementaires seront publiés dans les prochains jours », avance Matignon.
Pour mener à bien ce chantier simplificateur, deux hauts fonctionnaires expérimentés, ayant « servi sous des gouvernements de gauche et de droite » ont été nommés. Pierre-Mathieu Duhamel est inspecteur général des finances et a notamment occupé les fonctions de directeur du Budget (2002-2006). Il a servi au sein des cabinets d'Édouard Balladur, Alain Juppé ou Jacques Chirac à la mairie de Paris, a été élu local pendant quinze ans, et notamment maire de Boulogne-Billancourt.
Quant à Denis Morin, il n’est pas un inconnu du secteur de la santé. Lui aussi est haut fonctionnaire, spécialiste des questions sociales, président de chambre honoraire à la Cour des comptes, il a notamment occupé les fonctions de directeur général de l’ARS Rhône-Alpes (de fin 2009 à janvier 2012). Cet énarque a aussi été secrétaire général du ministère chargé des affaires sociales et directeur du Budget (2013-2017). Il a par ailleurs servi au sein des cabinets de Pierre Bérégovoy, Dominique Strauss-Kahn et Marisol Touraine.
Pierre-Mathieu Duhamel et Denis Morin seront installés dans les locaux de Matignon.
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