Politique-fiction

Déconventionnement : le jour où les médecins passèrent à l'acte (Ep. 3)

Par
Christian Delahaye -
Publié le 27/12/2016
deconventionnement 3

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Crédit photo : S. TOUBON

Et si les médecins quittaient vraiment la Sécu ? Pour les fêtes de fin d’année, « le Quotidien » s’est livré, avec tout le sérieux requis, à une enquête-fiction. Nous avons interrogé des responsables de l’assurance maladie, des syndicats, des parlementaires, des associations de patients… et des médecins dont les réponses ont alimenté les étapes imaginaires de notre scénario-catastrophe. Que tous ceux qui nous ont aidés à bâtir cette fable soient ici remerciés.

RÉSUMÉ DE L’ÉPISODE 2 : Dans le sillage de l’affaire dite « de Romillé », les médecins sont passés à l’acte. Le 6 janvier 2017, le Sécu-exit n’est plus une menace. C’est un fait.

« Finalement, le signal subversif des coordinations aura déclenché le mouvement massif que les divisions syndicales avaient jusqu’ici rendu inenvisageable », comme le remarque l’économiste de la santé Claude Le Pen. Les syndicats accusent le coup. Tous les cinq, enfin d’accord. Même la CSMF et le SML, qui avaient refusé de signer la convention en août 2016, au fond, sont restés conventionnistes dans l’âme et ne sont pas du tout prêts à gérer la crise créée par le déconventionnement massif.

« C’est l’arme atomique que les coordinations viennent d’activer sans en mesurer toutes les retombées nucléaires, répète Jean-Paul Ortiz (CSMF), et, si on y réfléchit, en faisant exploser le système de l’assurance-maladie, on prive les patients d’un retour sur cotisations et on anéantit la médecine libérale. C’est la médecine universelle, accessible à tous, qui va se crasher, au profit des mutuelles privées et des sur-complémentaires. Nos adhérents avaient refusé de signer la convention, émettant un signal fort, mais ils ne voulaient certainement pas casser la baraque et le modèle français. »

« Le secteur 2 avait été inventé en 1980 pour conjurer justement le risque d’un déconventionnement massif, rappelle le Dr Éric Henry, ex-président du SML, l’autre syndicat non-signataire de la convention. Aujourd’hui, en passant massivement au secteur 3, les médecins risquent de tuer tout à la fois le secteur 1 et le secteur 2. Depuis 30 ans, on n’avait pas eu les couilles de passer à l’acte. Mais aujourd’hui, le choc risque d’anéantir la médecine libérale. »

« Tout ce que nous avions mis un demi-siècle à construire vient de s’écrouler sous l’effet de la désespérance générale, constate le Dr Claude Leicher (MG France) et, au final, c’est l’exercice libéral qui va en subir les conséquences dramatiques. L’exercice libéral pourrait bien ne pas survivre au déconventionnement. »

Le 7 janvier 2017…

« Le grand soir médical », titre « le Figaro » – « Les hommes en blanc saignent la Sécu », manchette « Libération ». « Le Canard » fait sa une sur la « Samutinerie anti-Sécu ». Les médias désignent de plus en plus les médecins comme les sabordeurs du système de solidarité, faisant sourdre la colère des assurés sociaux, c’est le médecin-bashing.

Des répliques syndicales fusent. « Ce sont les gouvernements qui se foutent de notre gueule depuis plus de dix ans qui sont responsables de ce chaos », proteste Jérôme Vert, co-président du BLOC. « Les médecins ne sont pas les bêtes à fric qu’on cloue au pilori, tempête le Dr Latil d’Albertas (SMAER), c’est l’État régalien qui a été depuis des années le fossoyeur de la santé publique en instaurant une médecine à multiples vitesses. »

Le 10 janvier 2017…

Le coup est parti. Les caisses d’assurance-maladie réceptionnent par dizaines de milliers les lettres recommandées des praticiens. Les hôpitaux et les centres de médecine mutuelle sont pris d’assaut par les patients. Et les sociétés d’assurance privée affûtent les contrats de leurs sur-complémentaires. Syndicats, CODTS, coordinations, médecins signataires ou non du déconventionnement, tout le monde est d’accord : dans ce chaos, il faut sauver coûte que coûte le médecin libéral.

Mais est-il encore temps ? Dans le tohu-bohu, certains veulent croire que la négociation peut toujours s’engager. « Historiquement, c’est l’arme atomique qui a permis de signer la paix, note Jean-Paul Ortiz, il faut que tous les partenaires se mettent autour de la table d’urgence. » D’autres, tel Jérôme Vert, sont franchement catastrophistes : « La fusion atomique, quand elle est déclenchée, personne ne sait où ça mène. »

À suivre…

Christian Delahaye

Source : lequotidiendumedecin.fr