Risque médical : quels sont les sinistres qui ont coûté le plus cher en 2018 ?

Par
Marie Foult -
Publié le 08/10/2019

Crédit photo : Phanie

Dans son panorama du risque médical, le groupe MACSF-Le Sou Médical a présenté le « top » des indemnisations les plus élevées versées en 2018. Trois dossiers à plus de 3 millions d'euros concernent la médecine générale – dont un sinistre « record » à plus de 10 millions d'euros.

Médecine générale et nourrissons

Dans ce dernier cas, pour lequel l'assureur a versé 10,2 millions d'euros, le médecin généraliste avait pris en charge un nourrisson de sept mois présentant une gastro-entérite avec une déshydratation très importante, nécessitant finalement une hospitalisation. Il est reproché ici au médecin d'avoir « manqué de vigilance face à une situation pathologique délicate », indique la MACSF. L'enfant, atteint d'un syndrome de West lésionnel (forme rare d'épilepsie du nourrisson) avec des troubles moteurs et un déficit intellectuel, « a un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 % ». « La justice a pris en compte les revenus qui seront perdus tout au long de la vie, d'où ce montant exceptionnel », explique Nicolas Gombault, directeur général délégué du groupe.

Deux autres dossiers (à 3,6 millions d'euros) concernent la médecine générale. Dans le premier cas, le généraliste a mal pris en charge une infection urinaire à proteus mirabilis sur un bébé de deux semaines, entraînant une hypertension intracrânienne et des abcès cérébraux. La victime est atteinte de séquelles neurologiques graves.

Dans le second cas, le généraliste n'a pas diagnostiqué une méningite néonatale à Escherichia coli de type K1 chez un nourrisson, alors que des prélèvements réalisés à la naissance révélaient la présence de bactéries. La justice lui reproche de ne pas avoir hospitalisé l'enfant, désormais atteint d'une quadriplégie, « ce qui aurait permis le diagnostic ».

Diagnostic : perte de chance en gynécologie

Le second dossier le plus coûteux en 2018 – 5,1 millions d'euros versés – concerne un gynécologue, qui n'avait pas détecté lors des examens échographiques de suivi de la grossesse un syndrome poly malformatif du fœtus (anophtalmie bilatérale, fusion des doigts, aplasie de l'oreille). Aujourd'hui adulte, la victime présente une encéphalopathie épileptique très sévère d'origine génétique, se traduisant par un retard mental, des troubles du comportement et sensoriels.

Il est reproché au gynécologue d'avoir fait perdre une chance de diagnostiquer les anomalies en n'adressant pas la mère à un centre de référence, alors que plusieurs clichés mentionnaient des difficultés de visualisation de la face du fœtus. « Cette absence de réaction a empêché les parents de recourir à une interruption médicale de grossesse, dont les conditions étaient réunies en l'espèce », précise la MACSF.

En obstétrique, le non-choix de la césarienne

Trois indemnisations très coûteuses concernent la gynécologie obstétrique. La première (2,2 millions d'euros) se rapporte à la naissance d'une enfant en état de mort apparente, à la suite d'une rupture utérine et d'anomalies du rythme cardiaque fœtal. Il est reproché au gynécologue d'avoir commis une erreur d'interprétation du rythme cardiaque fœtal, « qui l'a conduit à ne pas envisager l'extraction en urgence par forceps, entraînant une perte de chance de naître sans séquelles de 70 % ».

Dans deux autres cas (2 millions d'euros chacun), il est reproché à l'obstétricien soit de ne pas avoir opté pour une césarienne et d'avoir pratiqué des « manœuvres traumatiques » (entraînant un déficit moteur et sensitif complet des membres inférieurs), soit d'avoir tardé à réaliser une césarienne qui aurait pu éviter le dommage.

Technique non conforme en neurochirurgie 

Un autre cas très lourd concerne un neurochirurgien. La MACSF a dû verser une indemnité de 2,3 millions d'euros à un homme de 58 ans, opéré pour remédier à une hernie discale (avec une greffe intersomatique). Lors de l'opération, une compression du cordon médullaire provoque une paraplégie complète et un déficit moteur partiel des membres supérieurs. La justice a retenu « un manque de précaution », « une technique opératoire non conforme aux règles de l'art » et « un défaut d'information sur le risque, grave et normalement prévisible, de paraplégie ».


Source : lequotidiendumedecin.fr