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Confinement : les effets des écrans sur les plus jeunes passés à la loupe

Publié le 27/03/2020
Confinement : les effets des écrans sur les plus jeunes passés à la loupe

Des effets sur le sommeil avérés
Phanie

Avec la fermeture des écoles et la mise en œuvre d’un confinement de la population, les questions liées au bon usage des écrans et aux effets de l’exposition des enfants et des adolescents réapparaissent. Les pédiatres de l'Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) s'attendent à une utilisation plus fréquente des écrans, et, loin de les bannir, encouragent un usage partagé, en famille.

Leur préoccupation s'inscrit dans une tendance globale de questionnement de la place des écrans dans le quotidien des plus jeunes, objet de nombreuses publications. Dans la presse grand public, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a recensé plus de 730 000 articles publiés en 2017 sur l’exposition aux écrans des jeunes populations contre seulement 982 en 2005. La littérature scientifique est elle aussi « foisonnante », selon le HCSP, avec une forte croissance des études ces dix dernières années.

Des études, mais peu de certitudes

Ces études portent sur différents types d’écrans (télévision, smartphone, ordinateur, tablette…) et abordent de nombreux aspects : sommeil, activité physique, développement cognitif, santé, vision, audition ou encore dépression. Apportant des résultats parfois contradictoires, ces études ne permettent pas d’émettre des « conclusions sûres et unanimes pour tous les paramètres étudiés », souligne le HCSP, dans un avis rendu fin janvier.

« On ne peut souvent rien conclure des études, complète Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS et professeur rattaché au laboratoire de Sciences cognitives et psycholinguistiques de l’École normale supérieure, qui s’exprimait lors du congrès de l’Encéphale, en janvier dernier. Elles permettent d’observer des corrélations, mais très rarement d’affirmer des liens de causalité ».

Ainsi, note le HCSP, « entre affirmation populaire, principe de précaution, point de vigilance, bon sens ou résultats scientifiques, il est difficile de se forger un avis objectif et éclairé ». Et ce d’autant que les écrans peuvent se révéler bénéfiques dans des situations précises, comme sur l’apprentissage par exemple (cf. article page 3) et que les risques potentiels sont mal connus et sans doute variables selon les âges, les contenus et les temps d’exposition.

Un effet avéré sur le sommeil

Dans ce contexte, l’avis du HCSP dresse un état des lieux des connaissances en la matière sur lequel fonder un cadre pour l’usage des écrans par les enfants et les adolescents (Cf article). Ainsi, si les effets de l’exposition des plus jeunes aux écrans sur la vision et l’audition ne font pas l’objet d’un consensus par manque d’études et de preuves scientifiques, ceux sur le sommeil sont désormais avérés.

En 2019, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) confirmait « la toxicité de la lumière bleue sur la rétine » et mettait en évidence des « effets de perturbation des rythmes biologiques et du sommeil liés à une exposition le soir ou la nuit à la lumière bleue ».

Les effets sur le sommeil se mesurent également au regard du temps passé quotidiennement devant un écran, quel que soit le type d’écrans. « Les effets (latence d’endormissement et déficit de sommeil) apparaissent après deux heures ou plus d'utilisation par jour et deviennent de plus en plus importants au fur et à mesure que les heures d’utilisation augmentent (réduction de 35 % de temps total de sommeil rapportée par les jeunes pour deux heures d’écran, et de 52 % de réduction pour cinq heures et plus) », constate le HCSP.

Une association, bien que variable selon le type d’écran, est également observée entre-temps d’exposition et surpoids ou obésité. « Le temps passé devant la télévision est associé à des prises alimentaires augmentées », lit-on. Mais, cet aspect met en évidence le poids des déterminants socio-économiques, « fortement » impliqués, dans l’ampleur de l’effet.

De nouvelles recherches nécessaires

Autres effets scrutés par le HCSP, ceux sur les fonctions cognitives et langagières, sur la santé mentale, sur les relations familiales et sociales ou encore sur les troubles émotionnels sont plus complexes à établir. Les essais randomisés contrôlés et les études longitudinales font « cruellement » défaut, tant les résultats disponibles apparaissent « contradictoires », constate le HCSP. De nombreux déterminants sont à considérer : effet-dose, interaction entre enfant et adulte lors de l’utilisation de l’écran, environnements affectifs, éducatif et socio-économique.

La relation entre exposition et troubles se révèle souvent bidirectionnelle et dépendante du type d’écran et des contenus. Par exemple « si l'utilisation excessive d'internet est associée à des troubles émotionnels, les travaux les plus récents font l'hypothèse que les enfants vulnérables sont ceux qui utilisent le plus internet et les réseaux sociaux », détaille le HCSP.

La question de la relation entre effets et type de contenus se pose également pour l’exposition à des contenus violents, dans les jeux vidéo notamment. Contrairement à certaines idées reçues, elle se révèle « non résolue ». En revanche, « au-delà de la violence des contenus des jeux, l'interaction entre cette violence et la compétition qu'ils instaurent serait prédictive de l'agressivité des jeunes joueurs », est-il souligné. Concernant les contenus sexuels et pornographiques, « le niveau de maturité et d'éducation des enfants et des adolescents est mis en avant comme facteur majeur des effets de cette exposition sur leurs comportements sexuels », poursuit le rapport.

Reste que les effets d’une exposition grandissante aux écrans ne concernent pas seulement les plus jeunes. En matière de sommeil par exemple, l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) publiait récemment les résultats d’une enquête révélant la manière dont nos nouvelles habitudes numériques, comme la consultation d’écran au lit le soir, empiétaient sur notre sommeil.

Elsa Bellanger