La parentalité à l'épreuve du numérique

Par
Elsa Bellanger -
Publié le 27/03/2020
Sensibiliser les parents à la nécessité d’un accompagnement

Sensibiliser les parents à la nécessité d’un accompagnement
Crédit photo : Phanie

Afin d’encadrer l’usage des écrans par les enfants et les adolescents, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) pose, dans son avis publié fin janvier, une série de grands principes : pas d’écrans avant trois ans sans interaction parentale, interdiction des écrans 3D avant cinq ans (en raison des risques de fatigue visuelle et de non-respect du principe de convergence et d’accommodation), pas d’écran avant de s’endormir ou pendant les repas ou encore absence d’écran dans la chambre.

Ces recommandations visent à réguler l’utilisation des écrans par les plus jeunes, notamment en fixant un cadre précis aux usages et en délimitant des temps à l’utilisation des écrans. L’ambition est plus de sensibiliser les parents à la nécessité d’un accompagnement que de poser des interdictions, difficilement applicables et pas toujours pertinentes d’un point de vue scientifique.

Une dédiabolisation en cours

« De nombreuses recommandations ont été établies sans fondement scientifique, soulignait la Dr Nathalie Franc, pédopsychiatre au CHU de Montpellier, lors du congrès de l’Encéphale. Mais les écrans commencent à être dédiabolisés ». L’idée n’est donc pas d’établir des règles trop rigides, et donc inapplicables. « Les balises avec des âges précis sont obsolètes. Les experts conviennent qu'il est difficile de poser des limites d'âge sensées, notamment dans le cas des fratries », poursuit-elle.

L’enjeu est donc bien celui d’une régulation des usages. Pour les plus jeunes, l’utilisation des écrans doit par exemple être accompagnée par un adulte « capable de contextualiser et de discuter les résultats des interactions écran-utilisateur », insiste le HCSP. Les adultes doivent par ailleurs « montrer l’exemple » et ne pas « être accaparés par les écrans en présence des enfants », poursuit l’institution.

« Les études sur les conséquences des écrans dans la parentalité se sont multipliées », observait le psychiatre Serge Tisseron, lors d'une rencontre organisée pour la journée mondiale de sensibilisation, « Safer Internet Day », le 11 février dernier au ministère de la Santé. Il ressort notamment de ces publications que « les parents, qui consultent leur téléphone devant leurs enfants, font des phrases plus courtes et ont des mimiques plus simples, car leur attention est accaparée par les écrans. Ces comportements ont des conséquences sur le développement du jeune enfant, qui a besoin de ces interactions », indique le psychiatre, dont l’association « 3-6-9-12 » a adopté le slogan « votre enfant a besoin de votre regard, ne laissez pas un écran vous séparer ».

Sanctuariser des temps sans écran

Les parents doivent par ailleurs veiller à ce que les activités liées aux écrans ne nuisent pas aux autres, comme les activités physiques ou les jeux en famille. « La problématique n’est pas tant celle du temps d’exposition que celle de ce qu’un enfant ne fait pas pendant qu’il est devant un écran », observait Grégoire Borst, professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l’éducation, lors du congrès de l’Encéphale.

Pour les parents, l’enjeu est de « sanctuariser des temps sans écran », plaide la Dr Nathalie Franc, et d’encourager les usages encadrés, qui peuvent être bénéfiques. « Les adolescents qui consultent internet pour leur travail scolaire ont de meilleurs résultats que leurs congénères qui ne le font pas », lit-on ainsi dans l’avis du HCSP.

L’instauration de bonnes pratiques peut se révéler complexe, notamment avec les adolescents qui ont des usages multiples des écrans (éducatifs, de loisirs, relationnels, etc.). Un sondage sur la parentalité numérique, publié à l’occasion du « Safer Internet Day », établit que pour 93 % des parents « le sujet des écrans peut générer des tensions avec leurs enfants ». Plus de la moitié (54 %) cite le temps passé comme sujet de discorde, devant les contenus (13 %) et l’accès aux écrans dans la chambre (6 %). Ces chiffres témoignent des difficultés rencontrées au quotidien par les familles.

Pour les accompagner, des aides se développent. L’application FamiNum par exemple, développée par la société Tralalere, avec le soutien de l’Union nationale des associations familiales (Unaf), permet d’élaborer une charte numérique en famille.

Elsa Bellanger

Source : Le Quotidien du médecin