Dossier

Reportage au cœur de l'Amazonie

En Guyane, la pénurie médicale handicape l'accès aux soins

Publié le 31/10/2019
En Guyane, la pénurie médicale handicape l'accès aux soins


« Plus grand désert médical » de France, « enfer vert »… Située à plus de 7 000 kilomètres de l'Hexagone, la Guyane souffre de clichés qui lui collent à la peau. Alors que les besoins de la population sont grands, l'accès aux soins n'est pas garanti pour des raisons autant géographiques (lire notre reportage) que démographiques. 

« Toutes les spécialités ont des besoins », confirme la nouvelle directrice de l'ARS Clara de Bort (lire p. 3), qui espère séduire les jeunes médecins avec une campagne de recrutement d'assistants spécialistes partagés. En mars, à l'occasion de la venue d'Agnès Buzyn dans le département, un praticien hospitalier a directement interpellé la ministre sur la pénurie médicale : « Nous n'avons pas d'hématologue, la médecine interne se délite, l'endocrinologie aussi… L'ambiance à l'hôpital de Cayenne est morose ». Et la semaine dernière, le contrôleur général des lieux de privation de libertés (lire p. 3) a cloué au pilori des pratiques locales d'isolement « abusives » faute de psychiatres pour assurer les soins autrement.

Pour combler ces manques, la réserve sanitaire et les médecins étrangers sont régulièrement sollicités (des discussions sont engagées avec Cuba). Depuis 2005, la Guyane est autorisée à recruter directement des praticiens diplômés hors de l'Union européenne (PADHUE). 

Pour séduire les professionnels, les élus locaux et d'outre-mer militent plutôt pour la construction d'un CHU. « Cela figure parmi les engagements du protocole d'accord arraché après 75 jours de grève [en 2017, NDLR]. À quand une faculté de médecine à l'université de Guyane ? », a fait valoir Antoine Karam, sénateur de la Guyane, lors d'un débat début octobre à la chambre haute.

Cet engagement est pour l'instant resté lettre morte, les tutelles (ARS, Ségur et faculté) se renvoyant la patate chaude. « Les conditions ne sont pas réunies », a déclaré début octobre le secrétaire d'État Adrien Taquet, qui doit se rendre sur place avant la fin de l'année.  

Pour remonter la pente, Agnès Buzyn préfère miser sur le déploiement d'infirmiers en pratique avancée (IPA), sur « des adaptations locales, des coopérations entre professionnels de santé » et… sur l'existant. En 2018, l'hôpital de Saint-Laurent-du-Maroni a été entièrement rénové et celui de Cayenne affichait  – enfin – des comptes excédentaires et certifiés… après six mois sous administration provisoire et plus de 55 millions d'euros d'aides en trésorerie injectées en quatre ans. Signe de l'extrême fragilité d'un territoire en pleine reconstruction.

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