Trypanosomiase, enfin la promesse d'un traitement hautement spécifique

Par
Dr Irène Drogou -
Publié le 27/10/2017
Trypanosomiase

Trypanosomiase
Crédit photo : PHANIE

L'équipe de Yaser Hashem, du laboratoire Architecture et réactivité de l'ARN, à Strasbourg (CNRS), vient de découvrir une nouvelle cible potentiellement thérapeutique pour lutter contre les parasites de la famille des trypanosomes, appelés aussi kinetoplastides.

Dans une étude publiée dans la revue « Structure », les chercheurs expliquent comment ils sont parvenus à identifier, au sein du ribosome, une protéine spécifique du parasite, appelée KSRP (kinetoplastid-specific ribosomal protein). « Le ribosome, c'est l'usine à protéine de la cellule, explique Yaser Hashem. Quand l'expression de cette protéine est inhibée, le parasite ne fabrique plus de protéine et meurt. » Cette protéine est commune aux différentes variétés de trypanosome, Trypanosoma brucei (maladie du sommeil), Trypanosoma cruzi (maladie de Chagas) et Leishmania major (leishmanioses).

Pas de traitement simple aujourd'hui

Cette cible hautement spécifique (inexistante chez le mammifère) est, enfin, la promesse d'un traitement efficace plus sûr et mieux toléré de la trypanosomiase. « Il n'existe aujourd'hui que deux antibiotiques disponibles, explique Yaser Hashem. Hautement toxiques, ils sont utilisés en dernier recours. En pratique, il n'existe pas de traitement simple et facile des trypanosomiases. »

La protéine KSRP était passée inaperçue jusqu'à présent. La tâche n'était pas simple, car, contrairement aux bactéries, les parasites sont des organismes eucaryotes, c'est-à-dire que leurs cellules possèdent un noyau, tout comme les cellules humaines. « Les ribosomes humains et du trypanosome sont très proches, détaille le chercheur. C'est l'analyse conjointe de la cryomicroscopie électronique (cryoME) et de la spectrométrie de masse qui nous a permis d'identifier la cible d'intérêt. »

Une urgence à investir dans la recherche appliquée

Les ribosomes ont pu être étudiés à une résolution quasi atomique grâce à la cryoME, une technique nobélisée en 2017, et la spectrométrie de masse a fait ressortir une différence qui pourrait bien devenir le traitement de demain. « C'est une toute petite protéine, environ 200 fois plus petite que le ribosome », décrit Yaser Hashem.

Le poids des trypanosomiases sur la santé et l'économie mondiale est loin d'être négligeable. « La maladie de Chagas fait des ravages en Amérique du Sud avec plus de 10 000 décès par an, explique Yaser Hashem. Une étude de la fondation Bill and Melinda Gates, a estimé à 7 milliards de dollars par an le coût des trypanosomiases sur l'économie mondiale par indisponibilité des personnes infectées, à 600 millions de dollars (510 millions d'euros) par an le coût sur le système de santé et… à 146 millions de dollars (126 millions d'euros) par an le coût en Europe. Les trypanosomiases touchent le Bassin méditerranéen, y compris les pays développés. On assiste à une migration de ces maladies dites du Sud à cause du réchauffement climatique. »

Pour le chercheur de Strasbourg, dont l'équipe a découvert d'autres cibles parasitaires potentielles, la plus prometteuse étant à ses yeux la protéine KSPR : « Il est temps maintenant de passer de la recherche fondamentale à la clinique. Il faut commencer tôt pour espérer avoir une molécule d'ici 5 à 10 ans. Malgré un intérêt fort pour cette cause, avec un financement très bien assuré au niveau fondamental, aucun partenaire de biotechnologie ne veut investir dans la recherche appliquée. La cible n'est même pas brevetée. »


Source : lequotidiendumedecin.fr