Dossier

Quatre mois après sa généralisation

Débuts timides pour la téléconsultation mais les médecins pionniers satisfaits

Publié le 14/01/2019
Débuts timides pour la téléconsultation mais les médecins pionniers satisfaits

Télémédecine
S. Toubon

Généralisées mi-septembre, les consultations à distance – tarifées et remboursées comme des consultations présentielles – séduisent encore peu de médecins libéraux. 

Pour preuve, lors de la dernière commission paritaire nationale (CPN), l’assurance-maladie n'avait pas de chiffres à communiquer aux syndicats les jugeant « peu significatifs ». Interrogée par « Le Quotidien », la CNAM fait valoir qu'« un bilan trop précoce aurait peu de sens, dans la mesure où le déploiement des actes de téléconsultations nécessite du temps ». Certes… De source syndicale, le nombre de téléconsultations en libéral ne dépasserait pas quelques centaines d'actes au mois de décembre. Bien peu alors que le gouvernement attend 500 000 actes de télémédecine en 2019, un million en 2020 et 1,3 million en 2021. 

Opérateurs et éditeurs accélèrent

De fait, intégrer (ou substituer) des consultations à distance ne va pas de soi pour des médecins dont l'agenda est surchargé. « Le terrain est frileux, reconnaît le Dr Claude Bronner, vice-président de la FMF. Beaucoup de médecins sont dubitatifs, ils manquent de temps pour s'y plonger et surtout pour choisir l'outil technique adéquat ». Pour cet ardent défenseur de la télémédecine, les plateformes ergonomiques et conformes aux prérequis de l’avenant 6 – porte d'entrée par le médecin traitant, vidéotransmission, échange sécurisé, etc. – sont peu nombreuses, malgré les discours des opérateurs.

Mais l'offre va se développer. Le géant Doctolib doit annoncer aujourd'hui même le lancement de sa solution sécurisée de téléconsultation, moyennant un abonnement supplémentaire de 79 euros TTC par mois. « Dans les prochaines semaines » suivront les éditeurs de logiciels majeurs du secteur ambulatoire équipant 60 % des praticiens, assure Francis Mambrini, président de Fédération des éditeurs informatiques médicale et paramédicale ambulatoire (Feima). Le Syndicat des médecins libéraux (SML) veut proposer dès le 1er février une plateforme sécurisée de téléconsultation…

Pour le patron de MG France, Jacques Battistoni, qui aimerait se lancer à titre personnel, cela ne suffit pas. « Comment choisir la bonne plateforme  ? Quelles différences entre l'outil proposé par une start-up et la solution intégrée d'un éditeur de logiciel ? J'ai besoin d’avoir un outil adapté avec toutes les fonctionnalités nécessaires comme la garantie de paiement, l’interfaçage avec le logiciel métier, l’édition de la feuille de soins, la transmission sécurisée de l’ordonnance, la facturation », énumère-t-il. 

« Faudra-t-il payer des consultants pour nous aider », grince le Dr Luc Duquesnel, président des Généralistes-CSMF. Pour accompagner les médecins, les syndicats représentatifs envisagent de créer une association pour évaluer les sociétés. Les médecins pourront aussi trouver des formations indemnisées dans le cadre du DPC.

La Manche sort son projet

Mais une fois ces obstacles franchis, « 10 % à 15 % des généralistes les plus innovants vont s’emparer des téléconsultations et entraîner les autres », veut croire le Dr Battistoni. « Les médecins se rendront compte que la télémédecine remplace certains actes de consultation physique dans le cadre du renouvellement, des examens complémentaires ou des consultations de surveillance. » 

De fait, les témoignages spontanés recueillis dans notre enquête (lire ci-contre et page 3) montrent l'intérêt des médecins qui ont franchi le pas. Et le déploiement de la téléconsultation devrait s'accélérer grâce aux initiatives des acteurs locaux (élus, ARS, URPS…), notamment dans certains territoires enclavés. Dernier exemple en date, la création d’une plateforme de téléconsultation dans la Manche par la mairie de Saint-Georges-de-Rouelley et l’URML Normandie pour les patients sans médecin traitant, une dérogation prévue par l'avenant 6 sur la télémédecine. « Sept médecins et quinze infirmiers participent à cette expérimentation d’une année, explique le Dr Grégory Szwarc, conseiller télémédecine. L’objectif est de ramener des patients dans le parcours de soins ».

La CNAM enfin mise sur les organisations collectives coordonnées, notamment les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), pour développer des offres de téléconsultation. « Il faut leur laisser le temps de s’y mettre, affirme le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF. Les médecins vont être accompagnés et ça va décoller ».  

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