L’ADN du bébé affecte le risque de pré-éclampsie chez la femme enceinte

L’ADN du bébé affecte le risque de pré-éclampsie chez la femme enceinte

Dr Véronique Nguyen
| 20.06.2017
  • adn bb

    L’ADN du bébé affecte le risque de pré-éclampsie chez la femme enceinte

Une équipe internationale révèle que des variants génétiques chez le bébé peuvent majorer le risque de pré-éclampsie, une affection fréquente de la grossesse potentiellement grave pour la mère et le fœtus. Leur étude d’association pangénomique (étude GWAS) a pu détecter et confirmer deux variants à risque du gène FLT1 chez les bébés.

L'étude (InterPregGen), co-dirigée par les Drs Linda Morgan, Ralph McGinnis (Welcome Trust Sanger Institute, Cambridge, Royaume-Uni) et Valgerdur Steinthorsdottir (deCODE Genetics/Amgen, Reykjavik, Islande), est publiée dans « Nature Genetics ».

Une grossesse sur vingt

Environ une grossesse sur vingt s’accompagne de pré-éclampsie (toxémie gravidique), une affection caractérisée par une hausse de la pression artérielle et une protéinurie survenant généralement au-delà de 20 semaines d’aménorrhée. Elle peut entraîner des complications graves pour la mère et le fœtus dans 10 % des cas. Si les causes restent incertaines, il semble exister une susceptibilité génétique mais, à ce jour, aucun gène maternel de susceptibilité n’avait pu être confirmé dans une étude d’association pangénomique.

« C’est le premier facteur de risque génétique pour la pré-éclampsie qui est identifié dans une étude GWAS et confirmé dans un échantillon indépendant, et c’est le premier identifié dans le génome du fœtus, précise au « Quotidien » le Dr Linda Morgan de l'université de Nottingham (Royaume-Uni). Nous avons découvert que des variations génétiques dans l’ADN du bébé peuvent conférer un risque de pré-éclampsie durant la grossesse, ce qui permet d’expliquer pourquoi la pré-éclampsie s’observe dans les familles de la mère et du père, l’ADN du bébé étant hérité des 2 parents. Ceci souligne l’importance de s’enquérir des antécédents familiaux de pré-éclampsie chez les deux partenaires lorsqu’une femme est vue en première consultation prénatale. »

Des variants du gène FLT1

L’étude est la première à comparer des bébés nés de grossesse compliquée de pré-éclampsie (4 380 cas) à des bébés nés de grossesse normale (plus de 310 000 témoins). L’équipe a découvert qu’un variant (rs4769613) situé près du gène FLT1 sur le chromosome 13 est associé significativement à la pré-éclampsie ; l’allèle à risque [C], porté par la moitié de la population, majore de 20 % le risque de pré-éclampsie tardive. Un autre variant (rs12050029) à proximité est aussi associé à la pré-éclampsie tardive, indépendamment du premier variant.

La protéine Flt-1 est déjà connue pour être un récepteur tyrosine-kinase transmembranaire qui favorise l'angiogenèse, en fixant un facteur de croissance endothélial vasculaire (VEGF-A) et un facteur de croissance placentaire (PIGF). On sait aussi qu’une isoforme soluble de cette protéine (sFlt-1) est sécrétée dans la circulation maternelle par le trophoblaste, la couche superficielle du placenta, et cette sécrétion excessive au cours de la pré-éclampsie provoque une dysfonction endothéliale maternelle. L’isoforme sFlt-1 sert en fait de marqueur pour la pré-éclampsie précoce (avant 34 semaines de grossesse). La nouvelle découverte montre qu’une pathologie du placenta peut aussi être impliquée dans la pré-éclampsie tardive.

« Ces variants du gène FLT1 majorent le risque de pré-éclampsie d’environ 20 %, un faible effet en comparaison des facteurs de risque cliniques utilisés pour identifier les femmes à risque (hypertension antérieure à la grossesse, antécédent de pré-éclampsie, grossesse gémellaire, obésité) », précise le Dr Morgan. « Il est probable que d’autres facteurs de risque génétiques chez la mère et le bébé seront identifiés dans le futur, et leur effet combiné sera suffisamment important pour offrir un test génétique permettant d’identifier les femmes à risque, mais cet objectif est encore lointain », estime-t-elle. L’importance de ces résultats « réside dans les éclairages apportés sur les mécanismes sous-jacents. Nous avons maintenant un outil pour étudier expérimentalement les effets de Flt-1 et sFlt-1 dans la grossesse », souligne-t-elle.

L'équipe cherche maintenant à identifier des variants maternels à risque dans une étude GWAS menée auprès de femmes européennes souffrant de pré-éclampsie ; de plus, en analysant les données d’une étude GWAS chez des femmes et bébés d’Asie centrale (Kazakhstan et Ouzbékistan), les chercheurs examineront si les mêmes variants à risque sont impliqués dans d’autres populations.

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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