« Je n’en attendais pas grand-chose, mais cela a été une vraie claque », se souvient Védécé, médecin et auteur de Vie de Carabin, quand il évoque avoir exercé en tant qu’aide-soignant pendant trois mois « pour gagner un peu d’argent ». C’est à ce moment-là, alors qu’il était en deuxième année de ses études de médecine, que Védécé découvre le monde des paramédicaux. « Au début, je pensais que ce serait un travail comme un autre, mais j’ai découvert un univers. » Il y consacre aujourd’hui le tome 5 de sa série de BD Vie de Carabin, réalisé avec l’illustratrice Chully Bunny.
« Du côté paramédical, on passe plus de temps avec les patients, on est plus attentif à leurs ressentis, à leurs émotions. On est moins dans la technique médicale pure, mais cette dimension humaine est tout aussi essentielle », affirme l’auteur pour qui la coopération des métiers est essentielle au bien-être du patient.
Lorsqu’il a été accueilli comme aide-soignant, il a dû affronter le quotidien éreintant de ce métier de l’ombre dont on ignore parfois toute la difficulté et l’importance. Cette expérience le forge et lui permet, aujourd’hui qu’il est médecin, d’être plus attentif et plus à l’écoute, non seulement de ses patients mais aussi du personnel paramédical. « Dans ma pratique, dans mon approche du soin, dans ma relation au patient, cette expérience m’a beaucoup appris. Quand je revis des situations similaires, mais du côté médical, cela me permet de reconnaître les difficultés que les paramédicaux peuvent rencontrer. On ne s’en rend pas toujours compte quand on n’a pas vécu de l’autre côté », confie ce praticien.
Le dessin, un véritable exutoire
Ce quotidien des aides-soignants, Védécé a pu le retranscrire, selon son habitude, dans le dessin de son dernier tome de Vie De Carabin : Le médecin au pays des aides-soignants. Cette activité, il l’exerce depuis longtemps comme exutoire. Certains font de la musique, d’autres du sport, lui, c’est le dessin. « J’ai toujours plus ou moins dessiné pour moi, mais l’idée de croquer ce que je voyais en stage – les moments émouvants, révoltants – est venue assez naturellement. C’était une manière de trouver un équilibre au quotidien », raconte-t-il.
Pour cet auteur lu par 130 000 lecteurs et suivi sur Instagram par 107 000 followers, au-delà du partage de son expérience, le dessin sert aussi dans sa pratique au quotidien. « Le dessin, confie-t-il, peut aider, que ce soit pour se faire comprendre d’un patient qui ne parle pas français ou pour rassurer une petite fille hospitalisée. »
Peu à peu, ses dessins sont devenus une véritable aventure littéraire, une série de BD où le réalisme combat avec l’humour, la dérision, voire l’autodérision, sans jamais tomber dans la méchanceté. « L’idée d’en faire une page, puis un blog – désormais disparu – est venue naturellement, avant que tout cela ne se diffuse sur les réseaux sociaux. Au départ, c’était juste une soupape, une manière de décompresser, d’évacuer les émotions pour revenir serein le lendemain matin en stage », se souvient Védécé. Contacté par des maisons d’édition, il en a rapidement fait une activité à part entière occupant jusqu’à 40 heures par semaine. Une double vie qu’il continue à mener dans l’anonymat.
Vie de carabin #5 : Le médecin au pays des aides-soignants, Hachette comics.
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