Derrière les lumières, les repas de fête et les sapins décorés, les urgences hospitalières sont aux aguets. « Pendant toutes les gardes que j’ai faites aux urgences durant les périodes des fêtes, j’observe plus d’accidents graves que le reste de l’année », constate une urgentiste habituée des gardes pendant cette période. Elle déplore que beaucoup d'accidents puissent être évités.
Les massages cardiaques sous le sapin ne sont pas une image exagérée. En période de fêtes, alcool, huîtres et plus généralement repas riches sollicitent excessivement le cœur et les reins. « Les patients se disent qu’ils peuvent faire un écart pendant les fêtes mais cela peut leur coûter la vie », alerte la soignante. Les huîtres font aussi, leur lot de blessés lors de l’ouverture, même si ces accidents se terminent le plus souvent sans gravité, « porter des gants de protection n’est pas superflu », souligne cette dernière. Cette urgentiste se souvient également d’une intervention qui l’a marquée : « Une personne âgée s’est étouffée avec une noix de Saint-Jacques. Elle avait oublié de mastiquer. Toute l’équipe est intervenue, mais nous n’avons pas pu la sauver. »
Mais Noël n’est pas seulement synonyme d’accidents. C’est aussi une période où la solitude pèse plus lourd. « Certains tentent de se suicider », observe une autre soignante. « Une fois, nous avons pris en charge une adolescente qui avait vidé le placard d’homéopathie de sa mère pour en finir ». Sans gravité, cela a été l’occasion pour la jeune fille de commencer un suivi.
Quand le cœur bat encore
« Son cœur battait encore, mais l’homme était mort », raconte un néphrologue intervenu en urgence pour un prélèvement d’organes sur un homme en état de mort cérébral. En plein repas de famille, alors en garde d’astreintes, le médecin quitte les siens – en hélicoptère – pour se rendre à l’hôpital faire le prélèvement. « L’intervention s’est bien passée. Mais de manière très surprenante malgré l’ablation des reins, le cœur bat encore. Personne n’osait arrêter la machine », se remémore-t-il.
Mais ces gardes sont aussi pour les soignants l’occasion de constater des élans de solidarité. « Beaucoup de familles font tout pour que leurs proches sortent d’Ehpad et passent Noël à la maison », observe une urgentiste. « Certains décèdent, certes, mais paisiblement, dans leur sommeil et entourés de leurs proches. » Dans des services déjà saturés par les épidémies hivernales, Noël suspend parfois le temps. « C’est une période extrêmement chargée, mais on voit aussi que, pendant quelques jours, les gens sont davantage là les uns pour les autres », conclut-elle.
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