« Le déclic est venu de manière assez drôle », confie le Pr Olivier Kourilsky, néphrologue et professeur honoraire au Collège de médecine des hôpitaux de Paris. Il y a vingt-trois ans nostalgique de ses années d’études, il s’interroge sur l’atmosphère des salles de dissection dignes, dans ses souvenirs, « d’un film d’horreur ». Un des praticiens lui confirme : « Oui, d’ailleurs, une fois, il y a eu un mort de trop. »
Intrigué, le Pr Kourilsky obtient l’autorisation de visiter la salle de dissection de la faculté de médecine des Saints-Pères. « C’était toujours aussi catastrophique. Un vrai décor macabre. » À cet instant, l’idée d’un roman s’est imposée. Le professeur devient le Docteur K.
Dans son premier polar, une étudiante est retrouvée morte au milieu des corps disséqués. Loin de s’inspirer de faits réels, il s’étonne régulièrement d’avoir une idée d’intrigue dont il finit par apprendre qu’elle s’est réalisée dans le monde réel. « Comme quoi, l’imagination la plus débridée se heurte parfois à la réalité des faits », résume-t-il avec humour.
Pour le Pr Kourilsky, le lien entre médecine et roman policier est évident. « La médecine, c’est une enquête permanente. On collecte des indices, on les recoupe, on établit des hypothèses, on élimine des pistes. Exactement comme dans un polar. » Cette méthode, il l’a pratiquée durant toute sa carrière, il la transpose naturellement dans ses intrigues.
Entre cinq et dix heures par semaine consacrées à l’écriture
Encouragé par un ami convaincu de son talent, il se lance dans le long parcours de l’édition. Trente-trois refus plus tard, les éditions Glyphes acceptent de publier son manuscrit. Le premier roman trouve son public. Aujourd’hui, le Pr Kourilsky est l’auteur de douze thrillers, tous ancrés dans le monde médical. L’écriture lui prend entre cinq et dix heures par semaine, chaque roman nécessite environ un an et demi de travail. Une discipline rigoureuse, comparable à celle de la pratique médicale, est indispensable pour nourrir ses intrigues de crédibilité.
« Écrire oblige à apprendre en permanence. Si un roman se déroule en chirurgie, je dois comprendre le fonctionnement d’un bloc opératoire. J’ai aussi écrit sur le trafic de cannabis sur lequel j’ai dû me documenter en profondeur. On ne peut pas se permettre d’approximation. » Et cette exigence scientifique confère à ses romans une précision quasi clinique.
Mais au-delà de la rigueur, l’écriture conserve une part de mystère. « Il y a quelque chose de presque magique dans le fait de voir les personnages prendre vie », confie-t-il. Les intrigues se construisent comme un diagnostic qui se précise peu à peu et progressent par fines touches successives jusqu’à la révélation finale.
Son dernier roman : Trop tard pour mourir est paru en septembre 2025 aux éditions Glyphe
Huîtres, alcools, solitudes : ces drames des périodes de fêtes qui ont marqué les soignants
« Je voulais soigner le corps et l’âme », le Dr Castanier, gériatre et prêtre
De soldat à étudiant en médecine : le parcours hors norme de Moyave
Les « étudiants ne savent plus dans quoi ils s’engagent », certains envisagent de s’expatrier