Première greffe de pénis et de scrotum (sans testicules) réussie sur un blessé de guerre américain

Par Dr Lydia Archimède
Publié le 24/04/2018
- Mis à jour le 15/07/2019
greffe penis

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Crédit photo : Johns Hopkins Health System

« Nous sommes optimistes quant aux résultats de cette greffe qui devrait permettre à cet homme jeune de recouvrer des fonctions urinaires et sexuelles quasi normales », a déclaré le Pr Andrew Lee, directeur du département de chirurgie plastique et reconstructrice à l'école de médecine de l'université Johns Hopkins.

Le 26 mars dernier, une équipe de 9 chirurgiens esthétiques et 2 chirurgiens urologues ont réussi la première greffe de pénis et de scrotum (sans les testicules) au monde. L'opération a duré 14 heures.

Le greffé est un soldat américain grièvement blessé lors d'une explosion en Afghanistan. L'Université Johns Hopkins avait déjà réussi la première greffe américaine des deux bras chez un blessé de guerre en Irak (2013).

Interrogations éthiques

Cette allotransplantation de tissu composite implique la greffe, à partir d'un donneur décédé, de la peau, des muscles, des tendons, nerfs, vaisseaux… du pénis, du scrotum et d'une partie de la paroi abdominale. « Les testicules n'ont pas été greffés parce que nous avions pris la décision, en amont du programme, de ne pas greffer de tissu germinal, c’est-à-dire de ne pas transplanter de tissu qui produise du sperme parce que cela soulèverait un certain nombre de questions éthiques », a déclaré le Dr Damon Coone, un des chirurgiens.

En effet, poursuit-il, « la capacité du bénéficiaire de la greffe à avoir des enfants résulterait en la transmission du matériel génétique du donneur ». Le donneur transmettrait ainsi ses gènes aux enfants du greffé. « Nous avons senti qu'il y aurait juste trop de questions éthiques sans réponse », conclut le Dr Coone.

Le bénéficiaire, qui a préféré garder l'anonymat, devrait pouvoir quitter l'hôpital cette semaine. « C'est vraiment une blessure ahurissante, pas facile à accepter », indique-t-il dans un bref communiqué. « Quand je me suis réveillé (après l'opération), je me suis enfin senti plus normal », ajoute-t-il.

Un bilan de la fonction sexuelle dans 6 mois

Le patient bénéficie d'un traitement immunosuppresseur. Un protocle particulier mis au point par l'équipe de John Hopkins permet d'alléger ce traitement : deux semaines après l'intervention, le patient a réçu des cellules souches du donneur. Il devrait recouvrer une fonction urinaire dans les prochaines semaines et pourrait avoir assez de sensations pour parvenir à une érection d'ici à six mois.

La première greffe de pénis au monde avait été pratiquée en Chine en 2006, mais le bénéficiaire avait dû être de nouveau opéré pour le retirer en raison de « graves problèmes psychologiques ». Deux autres greffes de pénis ont été effectuées dans le monde, en Afrique du Sud (2015) et aux États-Unis (Boston, 2016). L'université John Hopkins a mis en place un programme de greffe qui devrait bénéficier à une soixantaine de vétérans américains. 


Source : lequotidiendumedecin.fr