Création d'un centre national ressource, maillage du territoire, formation accrue des professionnels… Un rapport publié ce mercredi 25 février par le ministère de la Santé préconise dix mesures d'urgence pour l'intervention précoce en santé mentale des jeunes. « Agir tôt c'est soigner mieux », assurent les autrices de ce rapport commandé par le ministère de la Santé, les psychiatres Rachel Bocher (CHU de Nantes) et Marie-Odile Krebs (pôle Pepit, GHU Paris) ainsi qu'Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale pour l'Alliance de la santé mentale.
Ce rapport propose un schéma organisationnel pour déployer un modèle national d’intervention précoce d’ici à 2027, comme le prévoit le plan psychiatrie présenté en juin par Yannick Neuder, alors ministre de la Santé. Du côté de la Haute Autorité de santé, un groupe de travail devrait rendre des conclusions dans l’année.
Dans leur rapport, elles rappellent que les troubles psychiques constituent la première cause de morbidité et de handicap chez les 15‑25 ans. Cette tranche d'âge est particulièrement vulnérable : entre 63 et 75 % des troubles psychiatriques apparaissent avant 25 ans. « En l'absence d'intervention, environ un tiers des jeunes présentant des symptômes psychotiques atténués évolueront vers un trouble psychotique », préviennent-elles.
Or, à l'heure actuelle en France, les délais d'accès aux soins pour des troubles psychotiques débutants peuvent atteindre entre deux et cinq ans, loin des trois mois recommandés, et jusqu'à dix ans pour les troubles bipolaires. Face à un état des lieux jugé préoccupant – multiplication des dispositifs, manque de lisibilité pour les familles, véritable « mille‑feuille institutionnel », ruptures entre pédopsychiatrie et psychiatrie adulte, absence de pilotage national et fortes inégalités territoriales dans l'accès aux soins – les autrices appellent à une réorganisation profonde du parcours de repérage et d'accompagnement des jeunes.
S'appuyant sur trente ans d'expériences internationales, notamment en Australie, au Royaume‑Uni ou au Canada, où les modèles d'intervention précoce ont démontré leur efficacité à réduire les hospitalisations, les rechutes et les coûts de soins, elles plaident pour l'implantation à l'échelle nationale de programmes de détection et d'intervention précoce (DIP). « Grâce à ces programmes, on observe une récupération fonctionnelle de ces jeunes après un premier épisode psychotique en trois mois », avait indiqué au Quotidien la Pr Krebs, interrogée après un colloque sur le sujet au Sénat en septembre.
Les case managers, des postes pivots
Le rapport propose ainsi la création d'un centre national ressource, chargé de définir un cadre commun, d'harmoniser les pratiques, de coordonner la formation et de suivre des indicateurs de qualité. Il recommande ensuite un maillage territorial structuré, avec des dispositifs couvrant des bassins de 200 000 à 300 000 habitants et des centres régionaux capables de prendre en charge les situations complexes.
Les autrices appellent également à la formation massive au case (ou care) management de tous les professionnels au contact des jeunes (infirmiers, psychologues, travailleurs sociaux, etc.), au développement d'outils numériques de dépistage et de téléconsultation. L’accent est mis sur le rôle clé du case manager, « référent pivot du jeune et de sa famille », qui permet de « créer du lien » et « faciliter l’orientation vers les soins spécialisés pour une entrée dans les soins fluides et sans délais », lit-on.
Enfin, elles insistent sur la nécessité de garantir un financement pluriannuel et d'associer davantage jeunes et familles à la conception des dispositifs pour améliorer leur lisibilité et leur efficacité. « L'intervention précoce n'est pas une simple question de “diagnostic plus rapide”, c'est une véritable transformation des pratiques », résument les spécialistes.
« Aucune transformation ne sera possible sans une gouvernance claire (…) et des financements pérennes », concluent-elles appelant à « un travail en interministériel ». Or si la création d’un comité interministériel santé mentale et psychiatrie a été annoncée par le Premier ministre après le départ fin janvier du délégué ministériel, le Pr Franck Bellivier, les acteurs s’impatientent et demandent plus de visibilité pour le pilotage national, notamment par la voix du collectif Santé mentale qui regroupe 23 organisations du secteur. Car, même si la ministre de la Santé Stéphanie Rist a réaffirmé que c’était une priorité, le calendrier n’a pas encore été précisé.
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