Alors que la prise en charge des troubles psychiques chez les militaires reste un défi, le projet Psygen, mené à l’Hôpital national d’instruction des armées (HNIA) Bégin, propose une avancée prometteuse : l’intégration de la pharmacogénétique pour guider la prescription des antidépresseurs. Soutenu par la Fondation des « Gueules cassées », ce projet vise à réduire l’incertitude thérapeutique et à améliorer la tolérance aux traitements, dans une population particulièrement exposée aux troubles de stress post-traumatique (TSPT), à la dépression et aux troubles anxieux. Porté par le Dr Émeric Saguin et son équipe, Psygen a été distingué par le prix de la Fondation, remis le 22 janvier.
En population générale, seulement 37 % des patients atteints d’épisode dépressif caractérisé répondent favorablement à un premier antidépresseur, et moins de 30 % poursuivent leur traitement à six mois. Chez les militaires, les échecs sont encore plus marqués, avec plus d’un patient sur deux interrompant son traitement avant trois mois, souvent en raison d’effets indésirables (fatigue, prise de poids, troubles digestifs ou sexuels). La prescription d’antidépresseurs reste ainsi empirique et une réponse favorable au traitement n’est obtenue, après trois essais successifs de molécules, que pour 67 % des patients.
La pharmacogénétique au service du soin
Pour identifier le plus rapidement possible le traitement le plus adapté, l’équipe du Dr Émeric Saguin s’est tournée vers la pharmacogénétique. Dès 2021, leurs recherches se sont intéressées à certaines variations génétiques influençant le métabolisme des antidépresseurs. Des enzymes du foie appelées cytochromes, et notamment CYP2D6 et CYP2C19, sont rapidement identifiées comme des marqueurs de la réponse à un traitement. Afin d’évaluer l’apport de la pharmacogénétique comme aide à la prescription, un essai contrôlé randomisé, en simple aveugle, est lancé dans trois hôpitaux militaires (Bégin, Percy et Clermont-Tonnerre) auprès de 97 militaires nécessitant l’instauration d’un traitement antidépresseur.
Dans le cadre de cet essai, une prise de sang est réalisée au moment de l’instauration du traitement. Les analyses sont menées, en moins de huit jours, au sein du laboratoire de pharmacogénétique créé dans le cadre du PsyGen au sein de l’Hôpital Bégin. Les résultats sont ensuite traduits, grâce à un algorithme, en préconisations d’aide à la prescription adressées au psychiatre. L’essai s’appuie sur deux antidépresseurs disposant d’une autorisation de mise sur le marché dans le TSPT : la paroxétine et la sertraline.
« L’intégration de données génétiques dans une discipline fondamentalement clinique et relationnelle marque un véritable changement de paradigme : non pas une substitution au jugement clinique, mais un enrichissement de celui-ci, au service d’une prise en charge plus ajustée aux patients », explique le Dr Saguin.
Des résultats intermédiaires encourageants
Les analyses intermédiaires révèlent une amélioration significative de la tolérance : à huit semaines, 80 % des patients du groupe « pharmacoguidé » présentaient un retentissement faible ou modéré des effets indésirables, contre seulement 33 % dans le groupe témoin. Une réduction de 45 % des symptômes dépressifs a également été observée dans le groupe guidé, contre 20 % en prescription standard.
Le suivi longitudinal sur un an est toujours en cours. L’essai est prévu pour durer jusqu’en mars 2026, date à laquelle les analyses pourront démarrer. Les résultats définitifs donneront des indications sur l’impact médico-économique et organisationnel de cette approche, ainsi que son potentiel de déploiement à plus large échelle.
Dr Vincent Pradeau (Avenir Spé) : « Les spécialistes libéraux sont mobilisés et remontés comme jamais ! »
Le pilotage de précision des grossesses sous immunosuppresseurs
Sarcoïdose : souvent thoracique, mais pas que
Savoir évoquer une dermatose neutrophilique