Jardiner fait mieux qu'un cours de sensibilisation ou qu'un logo nutritionnel sur le bien manger

Par
Damien Coulomb -
Publié le 06/06/2017
jardinage

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Crédit photo : PHANIE

Dans des terrains vagues, sur des toits, ou encore dans des bacs posés à même les trottoirs… tous les moyens sont bons pour promouvoir une agriculture urbaine qui fait de plus en plus d'adeptes dans les villes de France. Selon une expérimentation menée dans les quartiers nord de Marseille, ces nouvelles pratiques, en dehors de l'aspect social et convivial, améliorent les habitudes alimentaires. La pratique du jardinage est associée à une augmentation de plus de 70 % de la consommation de fruits et de légumes.

Jardinières contre non jardinières

Les résultats de cette étude ont été acceptés par la revue « Appetite » mais n'ont pas encore été publiés. Ils seront présentés et discutés lors du colloque international « Agricultures Urbaines Durables : Vecteur pour la Transition Écologique » qui se tient du 6 au 9 juin à l'université Toulouse - Jean Jaurès. « Ces résultats sont complètement inédits, on n'avait jamais vu ça avec aucun autre type d'intervention », se réjouit Nicole Darmon, directrice de recherche INRA qui a dirigé l'étude, grande habituée des expérimentations sur l'impact des cours de sensibilisation et des logos alimentaires (elle fut la promotrice du logo SENS).

La chercheuse reste toutefois prudente. « C'est une étude transversale, avec toutes les limitations que cela implique, précise-t-elle, nous n'avons pas d'information sur l'évolution des comportements avant et après le début du jardinage. » Deux lectures des résultats sont donc possibles : soit la pratique du jardinage améliore les habitudes alimentaires, soit les personnes qui participent aux potagers urbains s'investissent dans ce genre de projet car elles sont déjà sensibilisées à la qualité de leur alimentation. « Il y a un élément intéressant dans nos résultats, ajoute Nicole Darmon, seule la consommation de légumes était différente, les jardinières ne consomment pas moins de produits gras et sucrés que les non jardinières. »

Un résultat inattendu

En tout 21 femmes ont participé (75 % des membres des associations qui s'occupent de ces jardins sont des femmes), dont 11 ont mis les mains dans la terre au cours du mois de l'étude. La moitié des participantes sont nées à l'étranger, un quart d'entre elles sont sans emploi et un autre quart sont retraitées. Les 11 participants ayant jardiné au cours du mois écoulé ont récolté une moyenne de 53 g de légumes frais par personne et par jours, soit 16 % de la consommation de leurs foyers.

Plus important, l'analyse des tickets de caisse a révélé que la pratique du jardinage était associée à un impact inattendu sur la consommation globale de fruits et de légumes, de 369 g par jour et par personne dans les foyers des jardiniers contre 211 g chez les non jardiniers. « On s'attendait à ce que la quantité de légume augmente grâce aux récoltes. Nous avons été étonnés de voir que la production des jardins n'occupait qu'une part marginale dans la quantité de légume consommée », raconte Nicole Darmon.

« Ce qui est important, c'est que l'on voit que la pratique du jardinage passe beaucoup par l'affectif, l'estime de soi et la valorisation », analyse Nicole Darmon. Les interviews ont mis en évidence la dimension sociale, culturelle et symbolique prise par le jardinage dans leur vie quotidienne. Ils exprimaient ainsi de la fierté et une augmentation de l'estime de soi liée au fait qu'ils partageaient leur production avec le reste du foyer.

Afin d'approfondir la question, Nicole Darmon va mener une expérience de plus grande ampleur, sur 120 personnes (60 jardiniers et 60 témoins) cette fois-ci à Montpellier au sein de sa nouvelle unité moisa (UMR CIRAD, INRA, SupAgro Montpellier, Ciheam). Les chercheurs collecteront des données avant et après le début de l'activité de jardinage. « L'expérimentation durera cette fois-ci 3 ans, et aura lieu à la fois dans des quartiers pauvres et aisés, détaille Nicole Darmon, nous allons bénéficier de chercheurs plus aguerris pour la partie science sociale. »


Source : lequotidiendumedecin.fr