Entretien avec le président du conseil scientifique de l'ARSEP

Pr Jean Pelletier : « Dans la SEP, la vaccination Covid est à intensifier selon le traitement de fond »

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Publié le 28/05/2021
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La vaccination contre le Covid dans la sclérose en plaques (SEP) doit être adaptée et intensifiée selon les molécules prescrites. À l'occasion de la journée mondiale le 30 mai, le point avec le Pr Jean Pelletier, neurologue à l'hôpital de la Timone à Marseille et président du conseil scientifique de la Fondation pour l'Aide à la recherche sur la SEP (ARSEP).

Crédit photo : Edimark

LE QUOTIDIEN : Que sait-on de l'effet de la vaccination anti-Covid dans la SEP ?

Pr JEAN PELLETIER : La vaccination réduit le risque de formes graves de l'infection dans toutes les tranches d'âge. Ainsi, depuis début mai, la vaccination est recommandée pour toute personne atteinte de SEP à partir de l'âge de 18 ans, et dès 16 ans en cas de traitement immunosuppresseur incisif.

Si la SEP n'est pas un facteur de risque en tant que tel, les registres américains, français et italiens ont apporté des bémols : les corticoïdes à forte dose utilisés pour traiter les poussées sont associés à des formes plus graves de Covid, de même qu'un traitement de fond par anti-CD20 est associé à un surrisque de formes graves.

Les observations pour cette classe regroupant le rituximab et l'ocrélizumab sont en désaccord avec celles pour les autres traitements de fond, dont l'effet semble à l'inverse plutôt protecteur vis-à-vis des formes graves, par exemple l'interféron bien connu pour son action antivirale.

Existe-t-il des recommandations spécifiques pour la vaccination ?

Les anti-CD20 peuvent poser problème pour la vaccination anti-Covid : ils ont un effet sur les lymphocytes B qui produisent les anticorps. Il semble que la vaccination est moins efficace voire nulle si elle est réalisée peu de temps après la perfusion d'anti-CD20 administrée tous les six mois.

C'est un double problème que nous pose cette classe médicamenteuse, pourtant l'une des deux plus efficaces dans la SEP : elle est associée à un surrisque de formes graves de l'infection et l'effet protecteur de la vaccination est moindre. C'est pourquoi il est préconisé d'attendre au moins quatre mois, voire davantage, par rapport à la dernière perfusion pour effectuer la vaccination.

Par ailleurs, une troisième injection de vaccin à ARNm ou à adénovirus semble nécessaire pour les patients traités par anti-CD20 mais aussi ceux par azathioprine et mycophénolate mofétil, particulièrement immunosuppresseurs. Les autres traitements de fond ne font pas l'objet actuellement d'une recommandation de troisième dose.

Pour les anti-CD20, l'enjeu est de caler les trois doses sur les six mois entre deux perfusions, sachant qu'il est possible de retarder la seconde sans perte de chance dommageable. L'objectif serait de faire les trois doses au plus tôt à quatre, cinq et six mois.

Des études sont-elles en cours pour mieux évaluer l'effet de la vaccination chez les patients atteints de SEP ?

La cohorte CovPopart, administrée par l'Inserm, est lancée depuis mi-avril pour étudier la réponse vaccinale dans 13 pathologies pouvant la réduire du fait de traitements immunosuppresseurs ou de la maladie elle-même : insuffisance rénale, greffe, cancers, maladies inflammatoires ou systémiques comme le VIH ou la SEP.

L'objectif est d'inclure 3 000 personnes au total, dont 600 pour la SEP, ce qui devrait permettre d'avoir une idée précise de la réponse en fonction de la maladie et des traitements de fond. Tous les Centres de ressources et de compétences SEP (CRCSEP) sont actifs et l'inclusion est bien avancée à plus de 20 % mi-mai.

La cohorte CovPopart présente l'avantage d'être longitudinale et d'évaluer la réponse vaccinale à 1, 6, 12 et 24 mois. Les tout premiers résultats, attendus d'ici à moins d'un an, vont permettre d'adapter le schéma vaccinal dans ces populations vulnérables. Mais le manque de données concerne aussi la population générale : faudra-t-il revacciner ? C'est une question à laquelle il n'y a pas encore de réponse.

Propos recueillis par la Dr Irène Drogou

Source : Le Quotidien du médecin