Inégalités d'accès aux soins : un des facteurs d'échec de la lutte contre le paludisme

Par
Damien Coulomb -
Publié le 23/08/2019

Crédit photo : Phanie

Un accès « robuste et résiliant » à un système de santé doté des traitements et des outils de surveillance adéquats constitue une des conditions essentielles pour atteindre les objectifs d'éradication du paludisme, selon les premiers éléments d'un rapport à paraître de l'OMS du groupe stratégique d'élimination du paludisme (SAGme). À l’issue d'une réunion tenue mercredi et jeudi, les membres du groupe ont communiqué leurs conclusions lors d'une conférence de presse. Ce rapport se veut être un point d'étape de la réalisation des objectifs de la stratégie globale d'élimination du paludisme 2016-2030.

11 millions de nouveaux cas en 2050

Selon les données de 2018, on dénombre toujours 219 millions de nouveaux cas chaque année et 400 000 décès. Les enfants de moins de 5 ans représentent 61 % des décès, et on estime que plus de 90 % des décès surviennent en Afrique sub-saharienne. Si la situation n'évolue pas, « même selon nos scénarios les plus optimistes, nous compterons toujours 11 millions de nouveaux cas de paludisme par an en 2050, déplore le Pr Pedro Alonso, responsable du programme global de lutte contre le paludisme de l'OMS. Dans de telles circonstances, il nous est impossible de déterminer une date d'éradication de cette pathologie. » Depuis 2015, et après 15 ans d'efforts, la diminution de la prévalence du paludisme semble marquer le pas.

Pour les experts, les bouleversements attendus du sous-continent africain (urbanisation, développement économique, changement climatique…) devraient faciliter la réduction de la charge du paludisme. Ils notent cependant que les « points chauds » (Nigeria, République démocratique du Congo, Mozambique…) de l'épidémie restent les endroits où le système de santé ne permet pas un accès facilité aux moyens de prévention et une surveillance épidémiologique. La « couverture santé » que le SAGme appelle de ses vœux nécessitera « une collaboration étroite entre les autorités de santé, la communauté médicale, la société civile et les communautés », selon le résumé du rapport… mais aussi de gros investissements : 34 milliards de dollars (plus de 30 milliards d'euros) sur plus de 10 ans. Les experts de l'OMS estiment que les retombées économiques seraient de l'ordre de 283 milliards de dollars (256 milliards d'euros) via l'augmentation du PIB.

Se remettre sur les rails de l'éradication

« Pour nous remettre sur les rails d'une éradication en 2030 (définie par une diminution de 90 % du nombre de nouveaux cas), une couverture médicale globale et un bon accès aux soins sont au cœur de notre stratégie », estiment les experts. Ils citent des travaux de modélisations selon lesquels une couverture médicale de 90 % de la population des 29 pays les plus exposés, aboutirait à une réduction de 2 milliards du nombre de nouveaux cas et de 4 millions de celui des décès d'ici 2 030.

Le SAGme estime aussi que de nouveaux outils sont indispensables. Alors que les résistances aux traitements explosent en Asie du Sud-Est et menacent l'Afrique, « moins de 1 % des dépenses R&D de l'industrie pharmaceutiques sont consacrées au paludisme, regrettent-ils. Nous avons une première génération de vaccin qui commence à être utilisé en routine dans certains pays, mais son efficacité n'est que de 40 %. » Ils mettent l'accent sur de nouvelles voies de recherche : la mise à contribution de la recherche en génétique pour lutter contre les vecteurs, des travaux sur les marqueurs de résistance, etc.


Source : lequotidiendumedecin.fr