Ebola : un risque de décès multiplié par 5 à un an chez les survivants

Par
Damien Coulomb -
Publié le 30/10/2019

Crédit photo : AFP

Échapper à la phase aiguë de l'infection d'Ebola ne signifie pas que la bataille soit gagnée. Selon les données d'une cohorte de survivants montée par des chercheurs de l'université de Conakry, en Guinée, et des membres du bureau local de l'OMS, les survivants d'une infection par le virus Ebola ont un risque de décès multiplié par plus de 5 au cours de l'année qui suit. Cette surmortalité n'est statistiquement significative qu'au cours de cette première année. Au-delà, les courbes de mortalité rejoignent celle de la population générale.

Dans un article publié dans le « Lancet Infectious Disease », les auteurs détaillent les données d'une cohorte de 1 130 survivants, suivie depuis décembre 2015 dans le cadre d'un programme national guinéen, avec le soutien de l'OMS. Le suivi était réalisé via des entretiens réguliers, des examens sanguins et des évaluations psychiatriques. Tous les volontaires ont été « rémunérés » pour leur participation, sous la forme crédits téléphonie mobiles ou d'une aide alimentaire. En cas de décès, les proches étaient chargés de prévenir les investigateurs et de les renseigner sur la cause du décès.

59 décès ont été répertoriés dans la cohorte de survivants, dont 37 attribuables à une insuffisance rénale, ce « diagnostic » étant généralement posé sur la base d'une anurie rapportée par les proches.

Le taux de mortalité des participants a été comparé au taux de mortalité spécifique par âge de la population guinéen calculé grâce aux données du dernier grand recensement effectué en 2014. Les survivants avaient ainsi un risque de décès standardisé pour l'âge multiplié par 5,2, comparés à la population générale au cours de la première année de suivi. 

La longueur de l'hospitalisation est un facteur prédictif

Les auteurs insistent sur le fait qu'une longue hospitalisation dans un centre de traitement constituait un facteur de risque indépendant de surmortalité. Les patients hospitalisés au moins 12 jours avaient 2,62 fois plus de risque de décès au cours de l'année suivante que ceux dont la durée d'hospitalisation était plus faible. Cette dernière donnée « devrait servir lors de la rédaction de futures recommandations de suivi de survivants », écrivent les chercheurs guinéens.

Si des travaux comme ceux menés sur la cohorte PostEboGui avaient déjà mis en évidence d'importantes prévalences de symptômes post-Ebola (douleurs musculaires et abdominales, problèmes visuels parfois graves, dépression…), ces nouvelles données sont les premières à mettre en lumière une importante surmortalité chez les patients dans les mois qui suivent leur départ des centres de traitement.


Source : lequotidiendumedecin.fr