Un anti-CD3 retarde l'apparition du diabète de type 1 chez des sujets à haut risque

Par
Dr Irène Drogou -
Publié le 12/06/2019
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Crédit photo : PHANIE

Pour la première fois, des chercheurs montrent qu'il est possible de retarder l'apparition du diabète de type 1 (DT1) dans une étude internationale (États-Unis, Canada, Australie, Allemagne) menée avec le soutien des Instituts nationaux de la santé américains (NIH).

Les résultats de cet essai de phase 2 - baptisé « Type 1 Diabetes TrialNet » – ont été présentés au congrès de l'American Diabetes Association (ADA) à San Francisco, et publiés conjointement dans « The New England Journal of Medicine ».  

Un potentiel important chez les jeunes

L'administration d'une immunothérapie à base d'anticorps monoclonal anti-CD3 (teplizumab) pendant 14 jours a permis de retarder de 2 ans en médiane la survenue de la maladie auto-immune chez des sujets à haut risque au cours d'un suivi de 5 ans.

Pour Lisa Spain, scientifique spécialisée dans le diabète aux NIH : « Ces résultats ont des implications importantes, en particulier les jeunes, qui ont des parents atteints de la maladie, puisque ces sujets peuvent être à haut risque et tirer bénéfice d'un dépistage et d'un traitement précoces. » Jusqu'à présent, les anti-CD3 avaient montré leur capacité à ralentir la perte de cellules bêta pancréatiques chez des sujets ayant un DT1 d'apparition récente.

Un test de charge en glucose tous les 6 mois

Le critère « à haut risque » était défini par le fait d'avoir un ou plusieurs antécédents familiaux de DT1 (en majorité un frère ou une sœur), de présenter des auto-anticorps liés au DT1 (anti-GAD65, micro-insuline, anti-IA-2, ICA, anti-ZnT8) et de présenter une dysglycémie au test oral de charge en glucose mais sans diabète avéré. L'hémoglobine glyquée était normale (HbA1c), en moyenne de 5,2 %.

Au total, cet essai randomisé et contrôlé versus placebo a inclus 76 participants âgés de 8 à 49 ans, près des trois quarts (72 %) étant des enfants ou des adolescents. Après un traitement unique par teplizumab pendant 14 jours, le suivi était prolongé jusqu'à 60 mois avec un test de charge en glucose réalisé tous les 6 mois.

Un effet prépondérant la première année

Dans l'essai, le temps médian jusqu'au diagnostic de DT1 s'est révélé de 48,4 mois dans le groupe teplizumab et de 24,4 mois dans le groupe contrôle. Au final, la maladie s'est déclarée dans 72 % des cas (n = 23/33) dans le groupe contrôle et dans 43 % des cas (n = 19/44) dans le groupe anti-CD3. Les effets secondaires observés étaient attendus, à type de rash et de lymphopénie transitoire, est-il rapporté.

L'effet du médicament était le plus grand au cours de la première année suivant le traitement, à cette période 41 % des participants ont développé un diabète clinique, en majorité dans le groupe contrôle. L'âge pourrait être un facteur important influençant l'efficacité du teplizumab : alors que les enfants et adolescents évoluent plus vite vers le DT1 que les adultes, une progression plus rapide est associée à un système immunitaire hautement actif, ce qui pourrait expliquer l'impact d'une immunothérapie telle que le teplizumab.

Le début d'une aventure

Il reste que ce n'est que le début de l'aventure : l'étude est limitée par le faible effectif et beaucoup de questions restent en suspens, notamment sur les mécanismes d'action, les sous-groupes de patients candidats, l'efficacité à long terme, la fréquence et la tolérance des traitements.

Pour les deux éditorialistes du centre de recherche médicale du Maine, ces résultats ne suggèrent pas que l'immunothérapie puisse être une voie curative mais « ces données offrent des preuves fortes quoiqu’indirectes sur la pathogenèse de la destruction des cellules bêta et sur le potentiel à modifier l'évolution du DT1 avec de nouveaux agents biologiques ».

 

 

 


Source : lequotidiendumedecin.fr