Remplacer une sulfonylurée par un arGLP1 agonistes : des constats qui questionnent

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Publié le 16/06/2025
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Des données de vie réelle suggèrent que le sémaglutide oral est une alternative efficace et sûre aux sulfamides hypoglycémiants chez les patients atteints de diabète de type 2, sans épisode hypoglycémique durant le switch. Toutefois, l’amélioration métabolique reste modeste et près de 10 % des patients interrompent le traitement.

On connaît les conséquences néfastes potentiellement graves des hypoglycémies liées aux traitements du diabète de type 2 (DT2), notamment lors de l’utilisation d’insuline et des sulfamides hypoglycémiants. Les recommandations actuelles préconisent de réduire ou d’arrêter le recours à ces médicaments, notamment dans les populations à haut risque.

Cette étude a évalué l’efficacité et la sécurité d’emploi du sémaglutide oral en situation réelle chez des patients atteints de DT2 ayant suspendu ou réduit leur dose de sulfamide hypoglycémiant au profit de ce médicament (1).

Il s’agit du suivi d’une cohorte rétrospective multicentrique, avec comme critère d’évaluation principal la variation du taux d’HbA1c depuis la valeur initiale, sur une période de suivi moyen de 37 semaines. Les critères d’évaluation secondaires étaient : la variation de la glycémie à jeun, du poids, la proportion de patients atteignant un taux d’HbA1c ≤ 7 % et les réductions combinées de l’HbA1c (≥ 1 %) et du poids corporel (≥ 5 %). La sécurité d’emploi et les critères d’évaluation exploratoires ont également été évalués.

Une amélioration des paramètres malgré près de 10 % d’arrêts

L’étude a inclus 104 patients (âge moyen : 68,9 ± 9,9 ans). 9,6 % ont arrêté le semaglutide et 12,5 % ont signalé des événements indésirables, principalement gastro-intestinaux ; aucun événement hypoglycémique n’a été signalé.

L’HbA1c a diminué significativement, de 7,62 % à 7,42 % (p = 0,04, réduction moyenne de 0,22 %) et la proportion de patients atteignant une HbA1c ≤ 7 % est passée de 29,8 % à 36,3 %. Le poids corporel a été significativement réduit, de 3,03 kg (p < 0,001). Des réductions significatives (p < 0,05) ont été observées dans la GAJ, le tour de taille, la pression artérielle diastolique, le cholestérol total et le rapport albumine/créatinine, tandis que le cholestérol HDL et le débit de filtration glomérulaire estimé ont augmenté.

Le score de risque cardiovasculaire à 10 ans a diminué de manière significative, passant de 17,0 % à 12,9 % (p < 0,001).

Un sujet à controverse

Cette étude montre des facettes assez opposées, selon la manière de considérer les résultats. Certes, des bénéfices ont été enregistrés sous semaglutide après switch depuis les sulfamides hypoglycémiants. Mais, sur deux critères qui importent beaucoup pour le praticien, la baisse d’HbA1c et le poids, ces bénéfices sont, somme toute, modestes : - 0,2 % d’HbA1c et - 3 kg de poids. C’est peu, pour un traitement qui garde l’inconvénient de l’injectable avec souvent une faible persistance à un an, et un coût économique autrement plus élevé que les « vieux » sulfamides, autrement plus accessibles pour les patients et les payeurs, en particulier dans les pays émergents.

Mais le versant favorable de l’arGLP1 est important pour la réduction des risques cardiorénaux et le risque d’hypoglycémies, surtout sévères. Certes, à condition que les injections soient poursuivies par les patients. Or, on sait qu’en vie réelle les études sont assez nuancées à ce propos. Un intéressant sujet de controverse entre les praticiens enthousiastes et ceux qui sont plus pragmatiques.

(1) Costa S et al. Effectiveness and safety of daily oral semaglutide in people with type 2 diabetes mellitus switching from sulfonylureas: A real-world retrospective study. Diabetes Obes Metab. 2025Jun;27(6):3084-93

Pr Serge Halimi, Professeur Émérite, Université Grenoble-Alpes

Source : lequotidiendumedecin.fr