Pr Ariane Sultan (CHU de Montpellier) : « Le diabète de type 2 est un facteur de risque de sévérité du Covid-19 à prendre en compte »

Par
Pascale Solere -
Publié le 03/04/2020

Les données italiennes viennent confirmer les premières observations chinoises. Le diabète de type 2 (en l’absence d'information sur le diabète de type 1), constitue un important facteur de risque de sévérité de la maladie au nouveau coronavirus (Sars-CoVid-2 ou Covid-19). En parallèle, les diabétologues s'alarment du retard de prise en charge des complications du diabète, les consultations de suivi étant subitement moins fréquentées.

Crédit photo : DR

Si le COVID-19 est dans 80 % une maladie bénigne, 15 % des formes sont sévères et 5 % nécessitent une intubation. Les données chinoises ont très tôt suggéré qu'au-delà de l'âge, facteur de risque le plus lourd, l'HTA, les maladies cardiovasculaires et le diabète constituaient des facteurs de risque d'aggravation. En moyenne un diabète était retrouvé chez 10-20 % des sujets hospitalisés, chez 20-25 % de ceux nécessitant une réanimation et chez 30 à 40 % des personnes décédées en Chine (1,2). C'est donc probablement un facteur de gravité indépendant de l'âge, même si diabète, grand âge, surpoids et obésité sont souvent autant de comorbidités associées.

Des données italiennes, plus récentes, sont venues confirmer ces observations. Le ministère de la santé italienne a publié une analyse menée sur les 10 026 décès recensés au 30 mars (3). Elle confirme que l'âge est un facteur majeur de décès. Les sujets décédés ont en moyenne 15 ans de plus que les cas diagnostiqués. Leur âge médian est de 78 ans pour les hommes, qui constituent 70 % des décès en Italie, et de 82 ans pour les femmes. Les moins de 50 ans représentent moins de 1 % des décès. Mais quasiment aucun décès (n = 19) n'a été constaté chez des sujets exempts de toute comorbidité. Parmi les personnes décédées, 21 % présentaient une comorbidité, 25 % deux comorbidités et 52 % présentaient trois comorbidités. Parmi celles-ci, l'HTA arrive en tête (75 %) suivie du diabète (32 %) et des cardiopathies ischémiques (27 %). Au total donc, en Italie, un tiers des décès ont touché des diabétiques. Mais ils présentaient généralement d'autres comorbidités associées. Une étude française, l’étude Coronado, va débuter sous l’égide de la SFD et permettra d’analyser le profil des personnes diabétiques admises pour Covid 19.

Risque infectieux : appliquer les recommandations et contrôler sa glycémie

Le diabète est globalement associé à une augmentation du risque infectieux. Le lien entre age, comorbidités et sévérité de l’infection, s'y ajoute. Ainsi, à titre d’exemple, la grippe, sans être nécessairement plus fréquente chez les diabétiques, est souvent plus sévère avec à la clé plus de détresses respiratoires, d'hospitalisations et décès. Les mêmes constations ont été faites pour les infections à pneumocoques. Cet impact s'explique en partie par le fait que les dysglycémies réduisent l'immunité même si d'autres phénomènes entrent probablement en jeu.

Dans le cas présent, la surexpression du récepteur de l'enzyme de conversion chez le diabétique pourrait d'ailleurs y participer. Ses récepteurs constituent en effet la porte d'entrée du SARS-CoVid 2 au niveau de cellules épithéliales bronchiques.

Pour autant, il n'y a pas de préconisations spécifiques pour les personnes diabétiques en ce qui concerne un éventuel arrêt des IEC ou ARA II au profit d’autre traitement (position de la société Européenne de Cardiologie).

Les personnes diabétiques doivent suivre attentivement les recommandations sanitaires en termes de mesures barrières et de confinement, sans spécificité du fait de leur diabète. Toute automédication, excepté le paracétamol, est à éviter en particulier les corticoïdes et les AINS, associés à la survenue de formes graves, sauf chez les sujets en traitement au long cours. En revanche, il n'y a aucune raison d'interrompre les traitements par aspirine à faible dose à visée antiplaquettaire.

Enfin, l'équilibre glycémique, vu son effet sur le risque infectieux, doit être optimisé. Une surveillance un peu plus étroite des glycémies est souhaitable. Il faut rappeler aux patients que leurs ordonnances sont renouvelables en pharmacie jusqu'au 31 mai.

(Télé)consulter au besoin sans attendre

S'il est important de se confiner, il est aussi primordial de consulter ou téléconsulter en cas de besoin. On assiste en ce moment à une fuite des patients du milieu médical qui fait craindre un défaut ou un retard de prise en charge de personnes en vraie urgence médicale. À Montpellier nous ne consultons plus en présentiel et avons ouvert des téléconsultations. Néanmoins, nos lits d'hospitalisation sont très peu occupés, comme si les personnes en acidocétose ou porteuses d’un pied diabétique avaient disparu… Pour éviter les retards de consultation et de prise en charge qui peuvent générer une dégradation de l'état de santé, nous encourageons les diabétiques à téléconsulter pour qu'un médecin puisse évaluer leur problématique, la prendre en charge et au besoin les adresser en hospitalisation.

Pour aider les diabétiques, une application dédiée a d'ailleurs été mise en ligne. CoviDIAB, un site soutenu par la fondation pour la recherche sur le diabète, met à disposition des patients des informations, des conseils pratiques plus un forum question-réponse animé par des médecins et soignants hospitaliers.

 

Entretien avec le Pr Ariane Sultan (Équipe Nutrition-Diabète, CHU de Montpellier)

(1) J Zhang et al. Clinical characteristics of 140 patients infected with SARS-CoV-2 in Wuhan, China. Allergy 2020; doi: 10.1111/all.14238

(2) W Liu et al. Analysis of factors associated with disease outcomes in hospitalized patients with 2019 novel coronavirus disease. Chin Med J 2020; doi:10.1097/CM9.0000000000000775

(3) Caracteristics of COVID-19 patients dying in Italy. Report based on avaible data on march 30th 2020. Instituto Superiora di Sanita. https://www.epicentro.iss.it/coronavirus/sars-cov-2-decessi-italia

 

Pascale Solère

Source : lequotidiendumedecin.fr