Focus « Diabétologie » : le pancréas artificiel très attendu en pédiatrie dans le diabète de type 1

Par Charlène Catalifaud
Publié le 08/10/2019
- Mis à jour le 08/10/2019

Crédit photo : PHANIE

Après l'arrivée des pompes à insuline et de la mesure en continu du glucose, le « pancréas artificiel », très attendu, pourrait révolutionner la prise en charge des enfants et adolescents atteints d'un diabète de type 1. Intervenue lors du Focus « Diabétologie » organisé par le Groupe Profession Santé*, auquel appartient le « Quotidien du Médecin », le Dr Nadia Rufi-Tubiana du service d'endocrinologie et diabétologie pédiatrique de l'hôpital Robert-Debré (AP-HP) a fait le point sur les traitements de cette maladie.

Absence totale d'insulinosécrétion

« Le diabète de type 1 est particulièrement agressif chez les jeunes enfants où elle aboutit à une destruction de l'ensemble des cellules β du pancréas et donc à l'absence totale d'insulinosécrétion, rappelle la Dr Rufi-Tubiana. Ceci explique la grande instabilité du diabète de type 1 chez les enfants. » Le traitement de cette forme de diabète repose ainsi sur une insulinothérapie à vie soit par des multi-injections quotidiennes, soit par pompe avec changement de cathéter tous les 3 jours.

« Le but est d'atteindre les objectifs d'hémoglobine glyquée (HbA1c) pour éviter les complications à l'âge adulte », souligne la pédiatre. Chez les enfants, il est recommandé de maintenir l’hémoglobine glyquée à moins de 7,5 %, voire 7 %, tout en réduisant la fréquence des hypoglycémies sévères et en améliorant leur qualité de vie et celle de leurs parents.

La prise en charge du diabète de type 1 doit s'adapter aux spécificités de l'enfant. Par exemple, les moins de 11 ans présentent un risque hypoglycémique élevé avec des effets potentiels sur un cerveau en développement. Ils dépendent de plus totalement des adultes pour leur traitement. Les adolescents vont quant à eux être davantage sujets à des taux d'hémoglobine glyquée élevés. « Ils sont par ailleurs confrontés au problème d'observance thérapeutique, à une période où ils veulent vivre "comme les autres" », ajoute la Dr Rufi-Tubiana.

Une récente étude américaine parue dans « Diabetes Technology & Therapeutics » montre que le contrôle glycémique est particulièrement difficile à atteindre chez les jeunes : seuls 17 % des moins de 18 ans ont une hémoglobine glyquée inférieure à 7,5 %. Pour les adultes, l'objectif recommandé de 7 % est atteint chez 21 % d'entre eux. L'étude internationale SAGE présentée à l'European Association for the Study of Diabetes (EASD) en septembre montrait la même tendance avec 24,3 % des participants adultes dans la cible.

Essai français en cours pour le pancréas artificiel

L'arrivée des pompes à insuline et des capteurs de mesure continue du glucose ont permis d'améliorer significativement la prise en charge des jeunes patients et leur qualité de vie. « Les pompes sont essentielles chez les enfants, car elles s'adaptent à leur physiologie et notamment à leur faible besoin en insuline la nuit », précise le Dr Rufi-Tubiana. Toutefois, les pompes à insuline ne sont remboursées en France que depuis 2000, bien qu'elles aient commencé à être utilisées dès les années 1980. Désormais, 60 % des enfants sont sous pompe à insuline (contre 30 % des adultes).

Les capteurs de mesure continue du glucose représentent une avancée majeure pour prévenir les hypoglycémies. Il a fallu attendre 2017 pour qu'ils soient remboursés, alors que les premiers ont vu le jour dans les années 2000. Plus de 80 % des enfants sont aujourd'hui équipés.

« Avec l'éducation thérapeutique inscrite dans la loi de santé en 2010, nous disposons désormais d'une prise en charge complète depuis 1 an et demi seulement », déplore la pédiatre.

Le « pancréas artificiel » devrait bientôt s'ajouter à cet arsenal thérapeutique, un système automatisé de délivrance d'insuline en boucle fermée. L'essai randomisé français FREELIFE-KID-AP évalue en vie réelle l'intérêt du dispositif Control-IQ de Tandem auprès de 120 enfants prépubères. « Les premiers résultats sont très intéressants : je n'ai jamais rien vu de tel en termes de temps passé dans la cible », avance la pédiatre.

* Événement organisé le 1er octobre avec le soutien institutionnel d'Abbott, Pfizer et Sanofi.

Charlène Catalifaud

Source : lequotidiendumedecin.fr