EPO et statut en fer

Enfin un marqueur du déclin rénal

Par
Pr Serge Halimi -
Publié le 03/12/2019

Dans le diabète de type 2, la diminution des taux d’EPO prédit une détérioration plus rapide de la fonction rénale, et ce indépendamment des paramètres cliniques. Un travail qui ouvre par ailleurs des perspectives thérapeutiques.

Crédit photo : Phanie

Des taux élevés d’érythropoïétine (EPO) sont corrélés à une surmortalité dans différentes populations, y compris chez les diabétiques de type 2 (DT2). Mais peu de travaux ont directement lié ces taux d’EPO à l’évolution de la fonction rénale.

Une étude japonaise (1), monocentrique, s’est intéressée à la corrélation entre taux d’EPO et dégradation de la fonction rénale chez 290 patients DT2 porteurs d’une anémie (critères de l’OMS, soit une hémoglobine <13 g/dl chez l’homme et 12 g/dl chez la femme) après avoir exclu ceux recevant de l’EPO et/ou déjà en suppléance. Ont été dosés les taux sériques d’EPO, de ferritine (carence martiale si < 50 ng/ml), coefficient de filtration glomérulaire. L’insuffisance rénale chronique (IRC) a été définie comme un DFGe < 60 mL/min/1,73 m2 ou un rapport albumine/créatinine dans l’urine > 30 mg/g. Le critère de jugement principal était la pente estimée du taux de filtration glomérulaire (DFGe) sur 2 ans.

Des taux abaissés même en l’absence d’IRC

L’âge médian était de 71 ans, hémoglobine médiane de 11,8 g/dl et le taux médian d’EPO de 14,4 IU/L (taux normal entre 4 et 23 IU/L), eGFR de 53 mL/min/1,73  m2. Des taux de EPO abaissés ont été observés chez 73 % des patients anémiques. Ces patients qui ne différaient que peu des autres en termes d’âge, d’IMC, d’HbA1c, de traitements reçus ; sauf qu’ils avaient davantage de rétinopathie). Même en l’absence d’IRC, les taux d’EPO étaient également abaissés chez 59 % de ces patients anémiques, ce qui suggère que le déficit en EPO précède l’apparition de l’IRC dans le DT2.

Une analyse multivariée a révélé que le statut en fer et les taux d’hémoglobine étaient les principaux déterminants des taux d’EPO. Les auteurs observent qu’un taux bas d’EPO est associé à un déclin plus rapide du DFG (− 1,3 vs 0,8 mL/min/1,73 m2/an), d’autant plus en cas de carence martiale. Cette association avec le déclin de la fonction rénale n’est pas retrouvée avec le taux d’hémoglobine.

Un facteur responsable de l’anémie ?

Ces données semblent indiquer que le déficit en EPO peut précéder l’insuffisance rénale et mieux prédire le déclin de la fonction rénale, en particulier lorsque ce déficit est accompagné d’un mauvais statut en fer. Il n’est toutefois pas possible de savoir si ces faibles niveaux d’EPO sont seulement concomitants ou jouent un rôle fonctionnel dans la progression du dysfonctionnement rénal. Ces sujets à risque de déclin rénal accéléré ne peuvent être identifiés sur la clinique ou les traitements en cours c’est pourquoi les dosages d’EPO et de ferritine seraient essentiels.

Par ailleurs, le déficit en EPO doit être considéré comme un facteur causal des anémies d’étiologie inconnue chez les patients diabétiques, même ceux qui ne sont pas atteints d’insuffisance rénale chronique.

Ce travail est important, surtout s’il se trouve confirmé par d’autres et qu’ensuite des études interventionnelles visant à corriger la carence martiale voire en administrer précédemment de l’EPO peuvent ralentir la déchéance du DFG.

 

Professeur honoraire, université Grenoble-Alpes

(1) Fujita Y, Doi Y, Hamano T et al. Low erythropoietin levels predict faster renal function decline in diabetic patients with anemia: a prospective cohort study. Sci Rep. 2019; 9(1):14871

 

Pr Serge Halimi

Source : lequotidiendumedecin.fr