Les génériques, parlons-en ! - Adhésion, interrogations, refus : les généralistes s’expliquent

Les génériques, parlons-en !Adhésion, interrogations, refus : les généralistes s’expliquent

12.03.2015

Si les pratiques des médecins en matière de prescription diffèrent, comme l’ont mis en évidence les résultats de notre première enquête quantitative réalisée en partenariat avec Biogaran auprès de 40 000 généralistes, qu’en est-il exactement de leurs motivations et de leurs attentes éventuelles ? C’est pour répondre entre autres à ces deux questions que nous avons réalisé une enquête qualitative auprès de trois groupes identifiés comme « pro », « anti » ou « neutres » par rapport aux génériques.

Notre enquête a consisté à « sonder » trois groupes de médecins généralistes homogènes en termes d’âge, de sexe, d’expérience professionnelle et de zone géographique, sur l’univers des génériques. Au sein de chaque groupe, les médecins participants présentaient un profil similaire d’attitude vis-à-vis des génériques : « pro », « anti » ou « neutres ».

La bioéquivalence… loin d’être une évidence !

Quel que soit le groupe testé, les souvenirs des différents termes pharmacologiques furent rarement justes sur le plan scientifique. L’approche fut tantôt témoin de notions oubliées, « la quantité de principe actif contenue dans le générique peut varier de – 20 à + 25 % par rapport à celle contenue dans le princeps », tantôt révélatrice de notions lointaines, comme « la biodisponibilité correspond à la fraction libre du médicament qui arrive dans le sang ». Ces approximations furent relevées dans les 3 groupes.

Les médecins, lorsqu’ils reconnaissent avec humour ces « faiblesses » de connaissances théoriques, l’attribuent essentiellement à deux facteurs : des notions de pharmacologie lointaines, mais, surtout, une forme « d’abandon » à la fois des autorités compétentes et des laboratoires génériqueurs : « avec les génériques, on nous a mis au pied du mur », « l’ANSM ne nous a pas bien informés, contrairement aux pharmaciens », « les laboratoires génériqueurs ne viennent pas nous voir ».

Mon patient, mon client ?

Les médecins ont été nombreux à rapporter des prescriptions souvent remises en cause par des « patients » au savoir médical « made in Internet »… Des médecins qui avouent parfois être pris en otage, « il y a plein de patients qui veulent du princeps et pas de générique », ou qui maintiennent le cap, « il faut parfois s’engueuler avec les patients pour leur faire accepter un générique », ou encore qui se résignent, même chez les « pro », « j’ai un patient qui m’a apporté un bouquin dénigrant les génériques, il m’a dit : “Vous voyez bien que c’est écrit dans le livre, que c’est du poison !”, qu’est-ce que je peux lui dire ? ».

Des médecins ont rapporté ne pas apprécier ce « savoir partagé » concernant la prescription en DCI, car « parler en DCI entre confrères était une façon de nous comprendre sans être compris des patients », même si la plupart ont reconnu sans problème que cette prescription facilitait les voyages et déplacements.

Des patients que les médecins aimeraient à la fois mieux informés et plus « respectueux » de leur savoir, pour un meilleur dialogue. À ce sujet, beaucoup ont cité la campagne d’information sur les antibiotiques qui ne devaient pas être automatiques, en évoquant la possibilité que les autorités de santé fassent pareil pour les génériques auprès du grand public.

Des « pro » responsables, des « neutres » frileux et des « anti » privés de liberté ?

Si les médecins « pro » et « neutres » ont bien intégré dans leur pratique la prescription en DCI, leur adhésion est sensiblement différente :

– pour les premiers, ils ont conscience d’un système de santé en danger qu’il faut défendre, avec une vision responsable, et un réel sentiment de participer aux économies de santé ;

– pour les seconds, leur conviction semble un peu fragile, avec un besoin de preuves et de réassurance toujours présent.

Quant aux « anti », ils réclament haut et fort des preuves des économies de santé réalisées : « il faut qu’on soit impliqué intellectuellement et scientifiquement là-dedans, il faut que la Sécurité sociale nous démontre l’intérêt de l’argent qu’elle gagne grâce aux génériques. »

Et, surtout, ils clament tout aussi haut et fort que leur liberté de prescription est largement entamée, un sentiment qui domine parfois tous les autres, « l’ordonnance représente l’acmé du médecin » et, avec les contraintes des génériques, « un champ d’action qui devient tronqué ». Si l’on ajoute à cela les « pouvoirs renforcés du pharmacien qui, de toute façon, délivre ce qu’il veut au final », beaucoup de médecins

« anti » ont semblé finalement assez en colère.

Depuis le 1er janvier 2015, si la prescription en DCI est obligatoire, force est de constater que tous les médecins ne vivent pas cette « obligation » de la même façon.

Avec le soutien institutionnel de Biogaran

En complément de l’article

Dr Léa Cohen
Source : Le Quotidien du Médecin n°9394

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