Le système Dakiri

#  5 : Reconstitution

Publié le 03/10/2019
- Mis à jour le 04/10/2019

Résumé de l’épisode 4 : Madani propose à Iha de faire revivre en grandeur nature à Mme Dakiri l’un de ses souvenirs les plus marquants. Pour cela, il lui fait découvrir un bâtiment abandonné jouxtant l’EHPAD dans lequel ils pourraient, cachés de tous, effectuer les constructions nécessaires pour replonger la patiente dans un souvenir enregistré par le Système Dakiri.

La direction m’avait suivi sur les caméras de surveillance. Je n’avais pas eu d’autre choix que de tout déballer. J’ai écopé d’un avertissement et j’ai été changé d’étage. Ils auraient également pu prendre la décision de mettre un terme au contrat d’accueil de madame Dakiri, mais ils ne l’ont pas fait. Iha était maintenant fouillée à chaque visite qu’elle faisait à sa mère. Aucun matériel informatique n’était toléré. Et pour finir, le trou dans le mur du deuxième sous-sol avait été rebouché, il n’existait donc plus aucun moyen de se rendre dans le bâtiment abandonné.

Iha me contacta en dehors de l’EHPAD.

— Il faut faire vite, l’état de ma mère se dégrade à vue d’œil.

— Je ne vois pas de solution. Il faut qu’on recrée la petite maison bretonne sans que cela ne soit trop loin de l’EHPAD… Pour pouvoir y emmener votre mère discrètement.

— Et pourquoi devrions-nous la déplacer ?

— Pour l’emmener dans le décor, voyons.

— Et pourquoi ne pas la laisser là où elle se trouve et construire le décor dans la 111 ?

— Parce qu’il y a maintenant trop de surveillance là-bas !

— Donnez-moi le numéro de Julien, je vais le persuader de nous aider. Nous nous croisons beaucoup depuis qu’il a pris vos horaires dans le service.

Trois jours plus tard, Iha et moi nous retrouvions à minuit sous la fenêtre de Mme Dakiri. Julien avait laissé la fenêtre entre-ouverte. Un coup de tournevis suffit pour que nous entrions. Mme Dakiri dormait. Iha ouvrit sa sacoche, posa délicatement le casque de réalité virtuelle sur la tête de sa mère et y diffusa des images de souvenirs. Au cas où elle se réveillerait. Dehors une camionnette pleine du matériel qui nous serait nécessaire nous attendait. Les policiers étaient de retour et Julien était de garde cette nuit-là, avec un nouvel infirmier que je ne connaissais pas. Il ne serait pas difficile pour Julien de faire en sorte que ce dernier ne pénètre pas dans la chambre de la nuit. Les policiers, eux, n’entraient jamais, c’était une de leurs consignes.

Après six heures de travail en silence, la 111 n’avait plus rien d’une chambre d’hôpital. À l’aide des souvenirs de Mme Dakiri et d’Iha, nous reconstituâmes l’ambiance de la tiny house dans laquelle la famille Dakiri passait ses vacances. Un tout petit lieu plein de charme. Il fallait maintenant jouer le scénario prévu. Nous nous étions mis d’accord sur le choix du souvenir : la découverte par Mme Dakiri de ce lieu dont elle était tombée amoureuse au premier regard. Sa fille, elle, avait été beaucoup moins enthousiaste et s’était montrée capricieuse au point de recevoir la seule et unique gifle de sa vie. C’est la scène marquante qu’Iha tenta de rejouer avec sa mère dans la 111. Julien nous avait garanti le blocage de la chambre jusqu’à neuf heures tout au plus. 8 h 45… Que faisait-elle ? Julien sortit. Je vins à sa rencontre, il me dit que l’aide-soignant qui prenait la relève était arrivé et que rester plus de temps à l’intérieur aurait éveillé les soupçons…

Je courus sous la fenêtre de Mme Dakiri. Trop tard. L’aide-soignant était entré et empêchait Iha de sortir. Le temps que je grimpe à l’intérieur de la chambre et les deux policiers de garde entraient… Mme Dakiri criait de colère, la main levée. Je vis alors que la joue d’Iha portait la trace des doigts de sa mère… Je restais estomaqué. Iha avait un énorme sourire aux lèvres. L’infirmier me plaqua au sol. Iha était maintenu contre le mur. C’en était fini pour nous. Mais nous avions réussi notre mission et il semblait que ce soit un grand succès…

Prochain épisode dans notre édition du 10 octobre

Jérémy Riou, régisseur lumière depuis une dizaine d’années, a eu l’occasion de travailler sur quelques 350 spectacles à Paris et en tournée à travers le monde. Comédiens, auteurs, théâtres et voyages l’ont inspiré pour la création de ses propres histoires. L’une de ses nouvelles a été adaptée en court-métrage et une autre est en cours d’adaptation.

Jérémy Riou

Source : Le Quotidien du médecin