« Interdit de mourir week-ends et jours fériés » : le coup de gueule d’une maire en lutte contre la pénurie de médecins

Par
Stéphane Long -
Publié le 14/12/2019

Crédit photo : S. Toubon

Ridicule, absurde… Isabelle Dugelet assume pourtant totalement l’arrêté qu’elle a pris le 6 décembre dernier, interdisant « aux habitants de décéder à domicile sur le territoire communal les samedis, dimanches et jours fériés ». La maire de La Gresle, dans la Loire, a choisi ce mode de communication choc pour interpeller les politiques et les pouvoirs publics sur la difficulté d’accès aux soins dans sa commune et dans les environs.

L’élue a rédigé cet arrêté « symbolique » après le décès d’un résident en EHPAD le dimanche 1er décembre. Sans médecin à proximité, le SAMU a été appelé pour établir le certificat de décès… mais a refusé de se déplacer en dehors de son secteur de garde. C’est la maire qui a dû entreprendre les démarches pour demander une réquisition administrative.

Impossible de trouver un médecin à 40 km à la ronde

« C’est devenu impossible de trouver un médecin traitant à 40 km à la ronde », indique Isabelle Dugelet au « Quotidien ». La situation a encore empiré avec le départ à la retraite d’un généraliste fin septembre. Au mois de juin prochain, c’est un autre de ses confrères qui a prévu de partir… « C’est une catastrophe sanitaire qui se prépare. On le sait depuis longtemps mais rien n’a été fait », s’indigne la maire qui rend hommage aux quelques généralistes encore en activité qui « continuent vaillamment à assurer leur mission ».

Pour s’attaquer au problème, Isabelle Dugelet plaide pour une solution radicale : « Quand est-ce qu’on va obliger les médecins à s’installer dans les secteurs où il y a des besoins ? », s’interroge-t-elle. C’est un véritable appel au secours qu’elle lance alors que les pouvoirs publics sont impuissants. « On me dit que ça ne fonctionne pas, que les médecins ne veulent pas remettre en question leur liberté d’installation. Ils veulent aussi être salariés, ne pas travailler les week-ends… Je comprends. Mais dans tous les métiers, il y a des avantages et des inconvénients », poursuit l’édile.

« On passe pour des ploucs… Mais on ne vit pas plus mal qu’en ville »

Elle réfute le problème de l’attractivité des zones rurales souvent avancé comme un frein à l’installation. La difficulté pour les conjoints de trouver un emploi ? « Ce n’est pas spécifique au monde médical », répond Isabelle Dugelet. L’éloignement des écoles « cotées », des centres culturels… ? « Nous sommes à 25 km de Roanne, 75 de Lyon, on a Internet… On passe pour des ploucs ! Mais le monde rural a bien changé. On ne vit pas plus mal sinon mieux qu’en ville ! On ne connaît pas les bouchons, les grèves ni la canicule en été ! », plaide sans langue de bois Isabelle Dugelet.

La maire dénonce un système absurde qui pousse les collectivités à la surenchère pour faire venir des médecins « à tout prix », au détriment des petites communes qui n’ont pas leurs moyens financiers. Elle en appelle aujourd’hui aux pouvoirs publics et aux médecins eux-mêmes : « On va vivre dix années extrêmement difficiles. Il faut que des efforts soient consentis de tous les côtés, y compris par les médecins. »


Source : lequotidiendumedecin.fr