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Réforme santé/hôpital, Sécu, plan pauvreté, lois de bioéthique, addictions...

Une rentrée sous pression

Publié le 06/09/2018 - Mis à jour le 16/07/2019
Une rentrée sous pression

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SEBASTIEN TOUBON

60 ans après la création des CHU, Agnès Buzyn s'apprête à défendre une réforme majeure du paysage sanitaire et de l'hôpital, dont Emmanuel Macron a rappelé l'importance au printemps : la ministre de la Santé doit honorer « un rendez-vous aussi important que celui de 1958 ». C'est ce qu'on appelle une rentrée sous pression. 

Présentée en février, attendue en juin, reportée en juillet puis finalement prévue par Ségur « dans la dernière quinzaine de septembre », la stratégie de transformation du système de santé doit répondre à l'exigence élyséenne dans un contexte socio-économique difficile. Outre la situation budgétaire très dégradée de l'hôpital public (un milliard d'euros de déficit), la ministre doit composer avec une grogne professionnelle kaléidoscopique dans les EHPAD, en psychiatrie et dans les services d'urgences, en mal de médecins.

Projet à détente lente

La réforme doit mettre en musique cinq chantiers structurants : la qualité et la pertinence ; le financement et les rémunérations ; le numérique en santé ; les ressources humaines ; et l'organisation territoriale. « Cette réforme est destinée à rapprocher les soins des patients, en luttant contre le silo ville-hôpital et en améliorant la coordination des soins, en particulier pour les maladies chroniques », explique-t-on au ministère de la Santé, qui revendique un « travail en profondeur et un projet à détente lente plus qu'un plan spectaculaire ».

Si la partition est aujourd'hui écrite à « 95 % », assure Ségur, son contenu reste mystérieux, ce qui ne rassure guère les professionnels du secteur, fébriles. Frédéric Valletoux, patron de la Fédération hospitalière de France (FHF), se dit « dans le flou complet », à la veille de son université d'été. Jacques Trévidic (Action praticiens hôpital) n'est « pas particulièrement optimiste » sur les travaux issus d'une concertation « speed dating » au printemps dernier.

Établissements communautaires

La ministre a donné quelques pistes. Au programme : la mise en place d'« organisations territoriales » liant médecins libéraux et hôpitaux de proximité pour assurer de concert la prise en charge des besoins de santé de la population. Sur un fil de crête, Agnès Buzyn s'est engagée à ne fermer aucun des 250 établissements de proximité existants, tout en laissant la porte grande ouverte à des « restructurations ». 

Si elle suit les propositions du Haut conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie (HCAAM), la réforme pourrait se traduire par la création de 600 établissements de santé « communautaires », sorte d'hôpitaux de proximité nouvelle génération, point d'appui à la régulation des soins non programmés et des urgences, à l'activité recentrée sur la médecine polyvalente et la gériatrie. Ces établissements mailleraient le territoire avec, côté ville, une couverture assurée par un millier de communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), composées de structures de santé (maisons, centres) ou d'équipes de soins primaires. 

Crédibilité politique

Autre plat de résistance : la mise en place de nouveaux modes de financement des soins (forfaits à l'épisode, à la séquence, au parcours) pour réduire la tarification à l'activité (T2A) hospitalière de 70 % à 50 % (d'ici à 2022) et dynamiser la pratique ambulatoire. 

Agnès Buzyn aura-t-elle les moyens de ses ambitions dans le budget de la Sécu pour 2019 (lire page 3), en train d'être finalisé ? « Si le médecin a marqué des points auprès des Français et des soignants sur les dossiers de santé publique (vaccins, tabac, alcool), analyse le Dr Claude Pigement, ancien monsieur santé du Parti socialiste, la politique risque de perdre en crédibilité si elle ne parvient pas à s'imposer dans des arbitrages lourds. »  

 

 

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