Stanislas Niox-Chateau (Doctolib) : « L'explosion des usages de la consultation vidéo, c'est du jamais-vu »

Par
Sophie Martos -
Publié le 18/03/2020

Crédit photo : AFP

Alors que la téléconsultation est remboursée à 100 % depuis ce mercredi, et vivement conseillée par le gouvernement et les autorités de santé publique dans le contexte d'épidémie au Covid-19, le leader Doctolib, dont l'activité explose, met les bouchées doubles pour équiper la profession.

Déjà, une majorité de praticiens déclarent avoir modifié leur consultation et leur agenda pour faire face au coronavirus (voir les résultats en encadré ci-dessous). Entretien exclusif avec Stanislas Niox-Chateau, patron de Doctolib.

LE QUOTIDIEN : Face à l'épidémie, les consultations à distance sont fortement encouragées. Le gouvernement vient d'annoncer leur remboursement à 100 %. Quel est l'effet de cette situation de crise sur votre activité de consultations vidéo ?

STANISLAS NIOX-CHATEAU : Il y a une explosion des usages de la consultation vidéo, c'est du jamais vu ! Nous avions déjà réalisé 180 000 téléconsultations remboursées avant l'épidémie. Mais rien que ces trois derniers jours, du 14 au 17 mars, la part de consultation vidéo chez les médecins généralistes a bondi de 4 à 18 %. Chez nous, le nombre de rendez-vous pris en téléconsultation a été multiplié par 18 sur un mois.

Nous avons surtout reçu des milliers de demandes d'installation de la part des professionnels ces cinq derniers jours, sans avoir la capacité humaine d'y répondre. On a donc travaillé sur un logiciel afin que le praticien puisse installer lui-même la consultation vidéo. 

Depuis lundi, tous les médecins déjà abonnés aux services de Doctolib peuvent s'équiper gratuitement en 20 mn grâce à des tutos. Ils ajoutent des plages de consultation vidéo à leur agenda en quelques clics. 4 000 sont déjà équipés et utilisateurs. Pour les nouveaux inscrits, ce sont les mêmes conditions, la téléconsultation sera gratuite le temps de l'épidémie [contre 79 euros par mois en temps normal]. Face à cette demande exponentielle, l'objectif serait de pouvoir équiper jusqu'à 80 000 praticiens dès cette semaine, en incluant les sages-femmes.  

Doctolib a ouvert la téléconsultation hors parcours de soins pour les patients ayant une suspicion de Covid-19. Comment procédez-vous ?

Effectivement, depuis mardi, les patients potentiellement atteints du coronavirus, dont le médecin traitant n'est pas disponible, peuvent téléconsulter avec, en priorité, un médecin de son territoire. Il y a un espace explicatif sur notre site retraçant les recommandations du ministère de la Santé. Le patient peut ainsi demander directement une téléconsultation à un autre médecin généraliste.

Je rappelle que nous fournissons la technologie aux praticiens, nous ne sommes pas une plateforme où les médecins sont salariés et travaillent en open-space.  

Quelles sont les retours des médecins ?

Nous avons lancé le 11 mars un espace d'entraide et de partage entre les professionnels de santé libéraux : community.doctolib.com. Près de 2 700 médecins y partagent chaque jour la manière dont ils réorganisent leur cabinet avec l'épidémie, gèrent leurs rendez-vous ou l'organisation de la salle d'attente.

En parallèle, nous sondons chaque jour via un questionnaire en ligne les 15 000 généralistes qui utilisent nos services, mais aussi les autres spécialistes libéraux, pour connaître leurs besoins en matière d'organisation du cabinet et d'activité dans cette situation exceptionnelle.

L'objectif est de diffuser des contenus d'aide qui découlent des enseignements de notre baromètre Covid-19, de la communauté d'entraide et des syndicats de médecins. Faut-il maintenir les consultations présentielles ? Dédier des plages horaires pour les patients exposés au Covid-19 ? Les médecins doivent-ils diviser leur salle d'attente en deux ? Retirer les jouets, les journaux ? À quelle fréquence laver les lieux ? La protection des personnes assurant le secrétariat remonte aussi. Peuvent-elles télétravailler ? Sinon, comment les protéger ?

Doctolib est souvent pointé du doigt sur l'utilisation des données de santé. Que répondez-vous ?

Nous n'avons le contrôle d'aucune donnée patient. La sécurité est maximale car nous utilisons des hébergeurs agréés de données de santé. Les données sont encryptées, nous respectons le RGPD (règlement général sur la protection des données) et la CNIL.

Plannings, consignes, salle d'attente : face à l'épidémie, les généralistes changent leurs habitudes

Lundi 16 mars, 96 % des médecins généralistes affirmaient avoir modifié d'une manière ou d'une autre leurs habitudes de consultation, révèle un baromètre* Doctolib créé auprès de ses abonnés. 79 % des généralistes consultés déclarent avoir déjà pris en charge un patient suspecté d’être atteint du Covid-19. Outre une disponibilité accrue (73 % dans les 24H, 92 % dans les 48H), les praticiens aménagent aussi leur agenda. 52 % ont prévu des plages spécifiques dans la journée pour des patients suspectés ou atteints du Covid-19. Et 34 % des généralistes ont déprogrammé les consultations non urgentes ou stoppé les visites à domicile.

La prévention s'organise. Lorsqu'un patient suspecté ou confirmé Covid-19 ne présente aucun signe grave, 42 % proposent une consultation au cabinet avec mesures de protection, 35 % une téléconsultation et 17 % un appel téléphonique. Au sein du cabinet enfin, les médecins imposent de nouvelles règles de prévention. 92 % affichent des consignes (porter un masque, attendre à l'extérieur...). 65 % ont revu l'organisation de leur salle d'attente. Et la quasi-totalité (92 %) ont pris des dispositions pour protéger leur secrétaire (masque, salle à part, télétravail si possible).

*Questionnaires quotidiens envoyés en ligne à 15 000 médecins généralistes libéraux utilisateurs des services de Doctolib depuis le vendredi 13 mars ; sélection des 500 premières réponses à chaque questionnaire pour constituer chaque échantillon.

Propos recueillis par Sophie Martos

Source : lequotidiendumedecin.fr