Les « très riches assurances » prises à partie par des soignants pour leur manque de solidarité

Par
Stéphane Long -
Publié le 11/04/2020

Crédit photo : PHANIE

« Merci aux très riches assurances de ne pas rembourser les soignants libéraux en arrêt maladie pour quarantaine. » Cette pique lancée sur les réseaux sociaux il y a quelques jours est signée d’une chirurgienne-dentiste. Elle dénonçait la franchise maladie de 15 jours appliquée aux libéraux par son assureur, La Médicale, en cas d’arrêt de travail pour cause de confinement. Un délai légal mais qui a du mal à passer auprès de nombreux soignants dans le contexte d’épidémie de Covid-19.

« Pendant que les soignants s’exposent, soignent et parfois se contaminent, derrière vos bureaux, à l’abri, vous jouez les "règlement : non règlement" on va jouer à "quittez la médicale"», surenchérit sur Twitter le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML-S.

Certains soignants, placés en confinement ou atteints de Covid-19, vivent des situations financières périlleuses. C’est le cas de cette chirurgienne-dentiste contrainte de stopper son activité du jour au lendemain. « Je n’ai plus aucun revenu. Je me suis installée en début d’année et je n’ai quasiment aucune trésorerie, explique-t-elle au « Quotidien ». Je sais qu’il y a plus à plaindre, mais j’attendais un peu plus de solidarité de la part des assureurs », regrette-t-elle.

Suppression du délai de carence à l'Assurance-maladie et à la CARMF

D’autant plus que d’autres institutions ont, elles, fait un geste. L’Assurance-maladie et la CARMF ont supprimé leur délai de carence pour la prise en charge des médecins arrêtés pour cause de Covid-19. Pas les assurances et les mutuelles. Testé Covid+ et en arrêt maladie, le Dr Emmanuel Maheu, rhumatologue à Paris, s’en plaignait auprès du « Quotidien » il y a quelques jours et dénonçait une solidarité de façade. « Cela va à l’encontre de l’esprit mutualiste, c’est en contradiction avec la vocation de solidarité des mutuelles », s’indigne le médecin en ciblant la MACSF.

Le président de la CSMF regrette lui aussi cette attitude. « Nous avons des remontées de terrain dans ce sens, reconnaît le Dr Jean-Paul Ortiz. On est intervenu auprès des grandes structures, comme la MACSF, qui a assoupli certains éléments, mais pas sur ce point. »

La mutuelle préfère mettre en avant les dispositions qu’elle a mises en place depuis le début de la crise, notamment le report des cotisations (à l’exclusion des adhérents prélevés chaque trimestre) et la création d’un fonds de solidarité de 1 million d’euros « pour donner un coup de main d’urgence à nos sociétaires qui seraient précarisés par cette crise ». Elle contribue également au fonds de solidarité mis en place par les pouvoirs publics.

Front commun des syndicats

Contactée par « le Quotidien », La Médicale affirme avoir assoupli ses dispositions, détaillées sur son site Web. La société assure prendre en charge « à titre dérogatoire » les soignants placés en isolement après avoir été en contact avec une personne diagnostiquée positive au Covid-19, mais sans revoir sa franchise.

Les médecins touchés par l’épidémie n’auront pas plus droit à des indemnités pour perte d’exploitation même si leur contrat le prévoit. Les mesures administratives de restriction comme la fermeture de cabinets ne sont pas prises en charge par les assureurs. « Ce type d’intervention, d’ampleur incontrôlable, n’est financièrement pas supportable pour notre mutuelle, ni d’ailleurs pour aucun assureur du marché », se justifie le directeur général de la MACSF, Stéphane Dessirier, dans un courrier diffusé il y a quelques jours.

Vendredi soir, cinq syndicats montaient au créneau pour interpeller les organismes de prévoyance.  Dans un communiqué commun, la CSMF, la FMF, LE BLOC, MG France et le SML leur réclamaient un geste en leur suggérant « d’améliorer les conditions d'accès aux prestations prévues aux contrats, en supprimant le délai de carence en cas de maladie et en élargissant la prise en charge des pertes d’exploitation. »

La précarité de certains cabinets inquiète la CSMF. « Il y a un risque de déstructuration de nos entreprises médicales, qui passerait notamment par l’arrêt d’activité d’un nombre important de médecins, soit des jeunes en début d’activité, soit des retraités en cumul emploi-retraite qui ne continueront pas », s’inquiète le Dr Ortiz qui rappelle que 17 000 praticiens sont dans ce dernier cas.

Le patron de la CSMF invoque les chiffres inquiétants communiqués par l’Assurance-maladie : au cours de la dernière semaine du mois de mars, l’activité des généralistes a baissé de 40 %, celle des spécialistes de 70 %.


Source : lequotidiendumedecin.fr