Les médecins libéraux d'Ile-de-France jugent leurs visites sous-rémunérées

Par
Marie Foult -
Publié le 22/09/2017
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Crédit photo : S. Toubon

La visite à domicile est un acte jugé insuffisamment rémunéré par 98 % des praticiens de ville, selon une enquête* de l'URPS médecins libéraux d'Ile-de-France, qui a interrogé quelque 1 200 professionnels (dont plus d'un millier de généralistes, des cardiologues, gériatres, pédiatres et rhumatologues).

Contrairement à certaines idées reçues, les médecins franciliens continuent pour une très grande part à réaliser des visites à domicile – neuf par semaine, en moyenne. Ainsi, 89 % des généralistes sondés se déplacent chez leurs patients. Mais il ne s'agit plus, souligne l'URPS, de « visite de confort ».

Les praticiens interrogés indiquent réaliser ces visites dans 92 % des cas pour un suivi des pathologies chroniques, mais aussi à 63 % pour un suivi « social » chez des personnes isolées et ayant du mal à se déplacer. Les patients chez qui ces médecins se déplacent sont, à 80 %, âgés de plus de 80 ans. La plupart ne sont pas autonomes et vivent seuls (89 %), et les deux tiers sont en fin de vie. 

Or, ces visites prennent du temps : 48 minutes en moyenne (dont 18 minutes de trajet), soit trente minutes de plus qu'une consultation au cabinet, pour une rémunération de 35 euros. 

La moitié des médecins sondés vivent la visite à domicile comme une contrainte. L'URPS d'Ile-de-France demande donc la mise en place de plusieurs mesures urgentes pour améliorer le maintien à domicile. Elle réclame la revalorisation de la visite à domicile. Cette revendication intervient à quelques semaines de la revalorisation de la visite longue pour les patients atteints de pathologie neuro-dégénérative (VL) à hauteur de 70 euros qui pourra être cotée au maximum trois fois par an. 

L'URPS souhaite qu'un service de transport des patients jusqu'à leur cabinet soit mis en place (réclamé par 47 % des sondés), et la mise en place d'un service dédié aux visites à domicile pour leur faciliter la tâche et leur faire gagner du temps (voulu par 41 % des répondants).

Les généralistes peu prescripteurs d'HAD

L'URPS a complété cette première enquête avec un second sondage* portant sur le maintien à domicile, menée auprès de 533 médecins généralistes. Sur les six mois précédant l'enquête, ces praticiens se sont fréquemment impliqués (à 75 %) dans des dispositifs de maintien à domicile, avec six patients en moyenne par médecin, principalement des personnes âgées dépendantes (83 %), en ALD (84 %) et polypathologiques (59 %).

Mais ces maintiens à domicile s'inscrivent la plupart du temps hors de l'HAD, peu plébiscitée par les généralistes. Alors que 71 % savent qu'ils peuvent initier une hospitalisation à domicile, seulement 5 % en prescrivent. Par exemple, deux tiers des médecins indiquent avoir déjà eu des patients en HAD, mais dans les trois quarts des cas, cela fait suite à une demande d'une structure médico-sociale. D'ailleurs, seuls 31 % des médecins de famille déclarent être associés à l'admission et 52 % à la sortie.

« Ils semblent donc privilégier une organisation entre acteurs de proximité pour la prise en charge à domicile de leurs patients, plus fluide et adaptée à leur exercice », commente l'URPS, pour qui ces modes de prise en charge équivalent à l'hospitalisation à domicile mais avec « un coût bien moindre » ; une journée en HAD étant estimée à 196 euros par l’assurance-maladie.

* Sondage réalisé avec le cabinet Kynos en janvier et février 2017 par courrier et par mail auprès de 11 479 médecins libéraux, avec un taux de réponse de 10 %. Second sondage réalisé auprès de 9 118 généralistes avec un taux de réponse de 6 %, entre juin et septembre 2016.


Source : lequotidiendumedecin.fr