Déserts, hôpitaux : la santé s'est invitée dans le Grand Débat, même Edouard Philippe le reconnaît

Par
Loan Tranthimy -
Publié le 08/04/2019

À côté des demandes de baisses d'impôts, de justice fiscale ou d'écologie, l'accès à la santé s'est ouvertement imposé comme une préoccupation majeure des Français dans le cadre du Grand Débat national.

Pourtant non retenu parmi les quatre thématiques officielles (transition écologique, fiscalité/dépenses, organisation de l'État et des services publics et démocratie/citoyenneté), le thème de la santé a émergé ce lundi lors de la présentation de la synthèse des contributions devant le Premier ministre, entouré des membres du gouvernement – dont Agnès Buzyn). Édouard Philippe lui-même a admis que la thématique de santé s'était « invitée » dans les questions, citant l'accès au médecin traitant et à l'hôpital.  

La santé, service public à consolider

Plus de 1,5 million de personnes ont participé au Grand Débat : un tiers via le site dédié (questions fermées), un tiers à travers les quelque 10 000 réunions locales, un tiers dans les 16 000 cahiers de doléances ou par courrier libre. Répondant aux questions fermées sur le site, la moitié des Français (52 %) seulement jugent avoir accès aux services publics de proximité dont ils ont besoin.

Pour ceux (27 113 contributions) qui affirment n'avoir pas accès aux services publics de proximité dont ils ont besoin, 30,4 % ont identifié plusieurs services publics de santé à renforcer dont les hôpitaux (12 %), les médecins en nombre suffisant (9,7 %), l'accès aux soins en général (2,1 %), l'installation de maisons de santé (0,9 %) ou encore le nombre de spécialistes (0,5 %).

Que doit faire l'État pour améliorer le système de santé ? Interrogés spontanément, les Français (plus de 111 953 contributions) priorisent l'octroi de moyens à la santé en général, aux hôpitaux en particulier et le maintien des services de santé dans les zones rurales. Pour les Français, l'État pourrait utilement transférer certaines missions aux collectivités territoriales : 7,5 % des 111 953 contributeurs ont cité la santé comme une mission à transférer.

La contrainte pointe son nez dans les conférences citoyennes

Comment l'État et les collectivités doivent-ils faciliter l'accès aux soins ? Plusieurs mesures contraignantes ont émergé dans les contributions issues des conférences citoyennes régionales (ateliers participatifs réunissant 70 à 100 citoyens tirés au sort et représentatifs de la diversité sociologique de chaque région). Ainsi, nombre de Français ont prôné la contrainte à l'installation des généralistes (avec des contreparties), l'implantation réglementée d'unités de soins ou même la mise en place d'un « service médical obligatoire ». 

Après analyse de l'ensemble des contributions libres (cahiers citoyens, courriers, e-mails, comptes rendus des initiatives locales), les organismes missionnés pour cette restitution ont proposé d'ajouter quatre thèmes à cette synthèse : économie et gestion, pouvoir d'achat, éducation et surtout « santé, solidarité et intégration ».

Sur les 63 574 idées exprimées dans ces contributions libres, 20 % estiment que l'amélioration du système de santé est la principale préoccupation, ce qui conforte l'importance de cette thématique. Côté santé publique, trois consensus émergent mais « de faible ampleur » sur des choix de société : « accompagner la fin de vie », « légaliser l'euthanasie », « trouver une solution pour les SDF », en contrepartie d'une plus grande responsabilisation (lutter contre la fraude aux aides sociales).

Dans son discours de clôture, Édouard Philippe a affiché sa volonté de décisions fortes. « Hésiter serait pire qu’une erreur, ce serait une faute. Le besoin de changement est si radical que tout conservatisme, toute frilosité serait à mes yeux impardonnable. » 


Source : lequotidiendumedecin.fr