Des médecins français heureux mais pas au point de recommander leur métier à leurs enfants

Par Marie Foult
Publié le 10/04/2018
- Mis à jour le 15/07/2019

85 % des médecins français sont satisfaits d'exercer leur métier, mais 52 % ne recommanderaient pas la médecine à leurs enfants. C'est ce que révèle une enquête menée par le site d'information Medscape auprès de 937 praticiens. Près de 60 % ont plus de 50 ans, 56 % sont hospitaliers et 19 % médecins généralistes.

Ces médecins qui ne recommanderaient pas leur métier à leur progéniture décrivent une profession ingrate, qui demande beaucoup de sacrifices (études longues, charge de travail importante) pour peu de reconnaissance. Paradoxe, s'ils devaient recommencer, 71 % referaient carrière dans la médecine, 47 % choisiraient la même spécialité et 17 % s'installeraient à nouveau sur le même lieu d'exercice. Des disparités existent cependant selon les spécialités : les trois quarts des urgentistes ne choisiraient plus la médecine d'urgence, contrairement à la grande majorité des cardiologues (83 %) qui ne troqueraient pas leur spécialité. 

Selon les médecins interrogés, l'aspect le plus gratifiant est de se sentir compétent, d'apporter des réponses et de poser des diagnostics (35 % des sondés). Viennent ensuite la relation avec les patients (26 %) et le fait d'avoir de bons revenus en exerçant le métier qui leur plaît (16 % des répondants, et 20 % des libéraux).

Medscape a comparé ces réponses avec celles de médecins d'autres pays. Il ressort que pour 53 % des praticiens allemands, l'aspect le plus gratifiant est la sensation d'être compétent et de poser des diagnostics. Aux États-Unis, c'est la reconnaissance et la relation avec les patients qui arrive en premier (33 % des réponses).

Travailler plus pour gagner moins

À l’inverse, l'aspect le plus ardu pour les médecins est le fait d'avoir trop de procédures administratives (39 % des réponses), mais aussi de devoir « travailler plus pour gagner moins » pour un quart des médecins. Cette frustration des médecins français quant à l'administratif est partagée par les médecins allemands, qui sont 44 % à mettre cet aspect en avant.

Côté rémunération, les médecins français ne semblent pas plus satisfaits. Les trois quarts d'entre eux estiment qu'ils ne sont pas assez rémunérés, contre 57 % des praticiens allemands ou 46 % des Américains. Un peu plus des deux tiers des médecins français souhaiteraient une augmentation de leur revenu de 11 à 50 %. Quelques-uns (8 %) voudraient même être augmentés de 100 % ou plus !

Un médecin sur cinq pour l'expatriation

Un médecin sur cinq (18 %) envisage de quitter la France pour exercer dans un autre pays. Chez les spécialistes, ce sont les cardiologues qui sont le moins tentés par l'expatriation (8 %). À noter qu'au Royaume-Uni, ce sont 34 % des médecins qui veulent s'expatrier, et seulement 6 % en Allemagne.

Concernant les déserts médicaux, les médecins sont sévères. 64 % d'entre eux pensent que les aides à l'installation dans les zones de désertification médicale ne sont pas pertinentes et 20 % pensent qu'elles sont insuffisantes et devraient être plus élevées. Seuls 9 % estiment que c'est « une excellente idée ». La maison de santé reste en revanche intéressante. Près de 40 % des généralistes seraient tentés de basculer du cabinet libéral vers la maison de santé si les conditions proposées sont satisfaisantes.

Le quart d'heure patient

Le temps consacré aux patients varie entre 30 et 50 heures par semaine, selon les réponses des médecins. La moitié des répondants passent entre 13 et 20 minutes avec chaque patient. Les spécialistes ont des consultations plus longues, puisque 41 % déclarent passer 25 minutes ou plus avec chaque malade. Enfin, un tiers des médecins interrogés passe entre 5 et 9 heures par semaine à faire des activités non-cliniques (tâches administratives, gestion, organisations professionnelles, recherche, etc.).

* Sondage réalisé entre le 14 octobre et le 30 novembre 2017, via un questionnaire administré en ligne.


Source : lequotidiendumedecin.fr