Conventionnement sélectif, C à 35 euros : les carabins relèguent au « placard des mauvaises idées » le rapport Vigier

Par Sophie Martos
Publié le 22/08/2018
- Mis à jour le 15/07/2019
Vigier

Vigier
Crédit photo : S. Toubon

Les réactions à la restitution mi-juillet des travaux du député Philippe Vigier (UDI), rapporteur de la commission d'enquête sur l'égal accès aux soins des Français, n'ont pas fini de pleuvoir. Après avoir provoqué un tollé auprès des syndicats de médecins libéraux seniors, les jeunes de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) montent au créneau. Passé le sentiment de « déception » à la lecture des 240 pages issus des 130 auditions menées tambour battant par l'élu centriste d'Eure-et-Loir au printemps dernier, les carabins publient ce mercredi une série de contre-propositions pour faire entendre leur voix. Ils ont surtout leur mot à dire sur trois mesures choc du rapport : le conventionnement sélectif, le C à 35 euros et la suppression des agences régionales de santé (ARS). De tout cela, ils n'en veulent pas.

Cette offensive fait suite à un premier tir groupé des étudiants, internes (ISNAR-IMG, ISNI) et jeunes médecins (ReAGJIR). Dans un communiqué commun extrêmement sévère, les structures jeunes fustigent la méthodologie « défaillante » de Philippe Vigier, accusé d'utiliser la commission comme tribune politique pour promouvoir une vision de la réalité « bien personnelle ». Ils se sont indignés de voir certains de leurs propos tenus en commission « déformés et mal restitués ». Au final, la commission ne sera « résumée que par le prisme illusoire de la coercition, le député Vigier brandissant inlassablement sa proposition inefficace et dangereuse de conventionnement sélectif », taclent les jeunes. 

Modèle humain, non coercitif et novateur

Les carabins mettent en parallèle à la vision du monde sanitaire de Philippe Vigier un « modèle humain, non coercitif et novateur ». Ils entendent développer les aides à l'installation et réclament une politique d'attractivité des territoires ambitieuse. « L'attractivité d'un territoire joue un grand rôle dans le processus de décision d'installation d'un jeune médecin. C’est pour cela qu’un département comme l’Aveyron, en plein milieu de la “diagonale du vide” mais bénéficiant d’une bonne qualité de vie, a enregistré une augmentation du nombre de médecins dans son territoire », illustre par l'exemple l'ANEMF. Dans ce contexte, les futurs médecins estiment qu'un effort doit être fait à deux niveaux : dans les territoires qualifiés de « déserts » (la grande ruralité pour l'essentiel) où les services publics ont totalement disparu ; dans les zones sous-dotées en médecins, soit les zones périurbaines et certains centres-villes, d'autre part.

Les mesures coercitives « qui réduisent la qualité des soins, poussent les médecins à un déconventionnement et participent à la création d’une médecine à deux vitesses » sont par contre « à reléguer au placard des mauvaises idées définitivement ! » Même destin pour la revalorisation de 10 euros des consultations médicales dans les zones sous-denses (portant le C à 35 euros). Sans politique d'aménagement du territoire, aucun professionnel de santé ne voudra s'installer durablement sur un territoire isolé, « quelle que soit la promesse de rémunération généreuse », insistent les jeunes. 

Désaccord avec le monde d'aujourd'hui

Les carabins appellent aussi de leurs vœux une meilleure visibilité des besoins médicaux des collectivités territoriales en souffrance. Cela passe, selon eux, par un guichet unique interprofessionnel d'accompagnement à l'installation au sein des ARS. Pas question donc de les supprimer ! « Ce qui nous déplaît, explicite Clara Bonnavion, nouvelle présidente de l'ANEMF, c'est que la vision de Philippe Vigier n'est pas en accord avec le monde d'aujourd'hui. La suppression des ARS n'a aucun sens pour les jeunes, qui les considèrent comme un point d'entrée [dans la vie professionnelle]. »

Les futurs médecins rappellent que la découverte des territoires lors des études est primordiale pour une future installation. Quoi de mieux pour cela que les stages en ambulatoire ? Dans cette optique, les carabins se positionnent pour l'élargissement des stages au sein de maisons de santé pluridisciplinaires et chez des médecins inclus dans des équipes de soins primaires ou des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). L'ANEMF propose enfin de dépoussiérer le statut de maître de stage universitaire (MSU), jugé « trop contraignant pour être attractif », notamment auprès des médecins généralistes libéraux.