« Conflit d’intérêts », « mélange des genres », « honteux » : des médecins braqués contre la vaccination en pharmacie

Par
Stéphane Long -
Publié le 02/11/2019

Crédit photo : S. Toubon

Certains débats ont le don de raviver les désaccords entre médecins et pharmaciens. C’est le cas de la vaccination en pharmacie. Depuis cette année, les officinaux ont la possibilité de vacciner contre la grippe saisonnière les personnes majeures ciblées par les recommandations vaccinales, sans prescription par les médecins et y compris pour les primo vaccinants. Objectif : renforcer la couverture vaccinale, notamment auprès des personnes fragiles (femmes enceintes, plus de 65 ans).

Invités à s’exprimer sur le sujet, les lecteurs du « Quotidien » ont posté près de 100 commentaires en l’espace de 24 heures. Et ce n’est pas l’efficacité de la mesure qui fait le plus débat… Certains médecins dénoncent surtout une dérive commerciale et dangereuse pour les patients.

« On confond soignant et commerçant »

Quid de la coordination entre professionnels, s’interroge « Brice » : « C’est tout le problème de la multiplication des intervenants pour un même patient. Et dans la vie en général, quand la distribution des rôles n'est pas clairement définie, ça amène des incidents, des oublis, des absences, ou des accidents. » Ce même « Brice » s’inquiète d’un « mélange des genres », regrette que l’on confonde « soignant et commerçant » et reproche aux pharmaciens de détourner à des fins mercantiles la patientèle des infirmiers et des sages-femmes rémunérés pour vacciner les patients. « Et le principe que vous soyez payé (6 euros !) pour ça, en plus de la marge que vous aurez choisi. C'est juste pas normal. Et inutilement coûteux », s’insurge le médecin.

Pour « Dr No », c’est clair et net : le pharmacien « vend des vaccins, il y a conflit d’intérêts ». « Je suis contre la vaccination en pharmacie. À chacun son métier. Nous ne vendons pas de médicaments dans nos cabinets ! Je trouve honteuse la rémunération des pharmaciens ! Quand nous vaccinons, ça fait partie de la consultation. Et que les infirmières et infirmiers soient rémunérés, c'est normal, c'est leur métier ! », surenchérit « Sylvie », qui omet de préciser que les médecins sont rémunérés à travers la ROSP pour vacciner contre la grippe saisonnière.

Des consultations rapides et faciles pour les médecins 

La rémunération revient souvent dans les conversations. Et les médecins se défendent de « faire leur beurre » sur la vaccination avec des consultations « faciles et rapides ». Pour « Brice », « ça compense l'heure à gérer un infarctus ou autre urgence à 25 euros, ou les paperasses chronophages diverses demandées par les patients sans qu'on puisse le savoir, ou les rappels de gens le soir pendant 30 minutes à 1 heure pour les bilans patho et INR… ».

Et les pharmaciens ? Ils réfutent l’accusation de détournement de patientèle. « Lorsque je sais que le patient (demandeur d'une injection en officine) doit voir son médecin dans les jours qui suivent, je l'incite à profiter de cette consultation pour la vaccination », explique « Grégory B ».

Des pharmaciens pas toujours convaincus

Cependant, tous ne sont pas favorables à la vaccination en officine. Pour « Claire », « les petites et très petites pharmacies, dont je fais partie, ne peuvent que très difficilement assumer toutes ces nouvelles missions tellement chronophages qui devraient pourtant les sauver. En ce qui me concerne, si j'ai fait pharmacie, ce n'est pas pour piquer, ni tripoter le fond d'une gorge lors d'un streptotest… ».

De même, certains médecins rappellent à l’ordre leurs confrères parfois trop virulents à l’égard des pharmaciens. « Je suis médecin et n’approuve pas votre mépris pour une profession de santé qui rend quotidiennement service à mes patients », s’insurge « DV ».

Le mot de la fin revient à « D. S. », dont le pragmatisme trouve sûrement écho auprès de ses confrères : « Cette année, c'est le pharmacien qui m'a vacciné. C'est finalement beaucoup plus confortable que de se piquer soi-même. Mais soyons honnêtes, j'aurais hurlé si on m'avait retiré les certificats de sport en septembre et les vaccins antigrippaux en octobre, dans les années 80 et 90. Car à l'époque, il fallait bien que je nourrisse mes enfants… »


Source : lequotidiendumedecin.fr