Autorisations, équipements, réactifs : les biologistes médicaux libéraux face au défi compliqué du Covid-19

Par
Marie Foult -
Publié le 19/03/2020

Crédit photo : S. Toubon

Depuis un arrêté publié le 7 mars (inscrivant à leur nomenclature la détection du SARS-CoV-2 par RT PCR), les biologistes de ville peuvent théoriquement effectuer des tests de dépistage pour le Covid-19, sur autorisation de l'agence régionale de santé (ARS). 

Facturés 54 euros et remboursés par la Sécu à 70 %, ces tests concernaient initialement (selon l'arrêté) des patients suspectés d'être contaminés par ce virus, sans signes de sévérité orientant vers une prise en charge hospitalière ; ou des patients contaminés et après disparition de tout signe clinique, afin de s'assurer de la fin de la contamination (« diagnostic de guérison »), un résultat négatif devant être confirmé par un second examen 48H après.

En réalité, avec la phase (3) épidémique et la stratégie française de dépistage ciblé sur les cas graves, priorité est donnée depuis plusieurs jours déjà aux seuls malades présentant des symptômes de maladies respiratoires sévères et aux professionnels de santé.

Refus

En tout état de cause, le secteur privé des analyses médicales se retrouve dans une situation compliquée à gérer face au coronavirus. Les tests ? « Tous les laboratoires privés ne les font pas, cela dépend des ARS qui doivent donner l'habilitation. Ce n'est pas toujours le cas. Pourtant, des groupes comme Cerba ou Biomnis ont fait savoir qu'ils avaient des tests disponibles », regrette le Dr Claude Cohen, président du Syndicat national des médecins biologistes (SNMB). 

« Nous constatons que dans plusieurs régions, cette autorisation est refusée malgré, parfois, les demandes des hôpitaux du territoire, déplore aussi le président du Syndicat des biologistes (SDB), François Blanchecotte. Pourquoi ? Quand les autorités sanitaires se tourneront vers les biologistes médicaux de ville, il sera trop tard. Le montant de l’examen est encadré et quasi prix coûtant, le problème n’est donc pas économique », 

Le domicile privilégié

En Alsace en revanche, zone particulièrement touchée par le coronavirus, les tests sont effectifs. Depuis le 16 mars, après publication de la fiche de procédure par l'ARS Grand Est, les médecins biologistes libéraux du Bas-Rhin peuvent tester des patients mais aussi des professionnels de santé qui présentent des signes cliniques du Covid-19, sur ordonnance. Le Dr Lionel Barrand, président du Syndicat des jeunes biologistes médicaux (SJBM), installé près de Sélestat (Bas-Rhin), estime qu'entre 100 et 200 patients sont testés par jour sur la région alsacienne par le secteur privé.

« L'objectif est d'apporter une bouffée d'oxygène à l'hôpital en réalisant les dépistages, notamment à domicile, pour les professionnels de santé qui présentent des symptômes. Cela leur évite de disséminer le virus dans leur patientèle et s'ils ne sont pas infectés, de reprendre le boulot dès le lendemain », explique le Dr Barrand.

Moyens du bord

Les prélèvements à domicile sont privilégiés. Mais lorsque ce n'est pas le cas, les patients qui présentent un tableau clinique évocateur de Covid-19 doivent entrer dans le laboratoire par un autre accès que la file habituelle. Les biologistes qui effectuent les prélèvements doivent porter « au moins » un masque FFP2, des lunettes, une charlotte et des gants pour effectuer les prélèvements, et « idéalement » porter une surblouse, conseille l'ARS.

Las, le matériel et les équipements de protection sont limités. Outre la question du manque de masques, les lunettes et charlottes font défaut et les biologistes doivent se débrouiller parfois avec les moyens du bord. « J'ai récupéré une charlotte que j'avais prise dans un hôtel une fois car il n'y en avait plus, raconte le Dr Barrand. Nous manquons aussi de réactifs et de masques pour les patients suspects, afin qu'ils ne contaminent pas les autres, notamment les patients fragiles, comme les femmes enceintes ou les patients en chimiothérapie. Il ne doit pas y avoir de dommages collatéraux ! » 


Source : lequotidiendumedecin.fr